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Résurgence de l’épidémie de COVID-19 aux États-Unis : Dr Eric Feigl-Ding, épidémiologiste

 

Dans le cadre de sa cinquième conférence annuelle sous le thème « La recette du succès dans le secteur des soins de santé », BMO Marchés des capitaux a reçu cette année le Dr Eric Feigl-Ding, épidémiologiste de renom, économiste de la santé à la Harvard Chan School of Public Health et membre éminent de la Federation of American Scientists, pour faire le point sur la pandémie mondiale de COVID-19 et sur d’autres grands dossiers touchant à la santé. Le chef de la direction de BMO Marchés des capitaux Dan Barclay a lancé la table ronde en soulignant que la crise avait ceci de positif que « les gens un peu partout dans le monde écoutent de plus en plus ce que les plus grands scientifiques ont à dire. »

Au cours d’une conversation d’une heure avec les analystes du secteur de la santé de BMO, le Dr Feigl-Ding, qui avait été un des premiers à sonner l’alarme à l’égard de la pandémie, a d’entrée de jeu indiqué que la COVID-19 continuait à faire rage, tout en obligeant le monde à repenser tous les aspects du système de santé. Il a par ailleurs démenti l’idée selon laquelle la flambée du nombre de cas serait due à l’augmentation des tests.

« Il faut tenir compte à la fois de la croissance des volumes de tests et de la croissance du nombre de cas. Si l’augmentation du nombre de cas dépasse l’augmentation du nombre de tests, vous avez la preuve que la pandémie prend vraiment de l’ampleur », a expliqué le Dr Feigl-Ding, en avertissant que le nombre de cas était clairement en augmentation dans de nombreux états, de façon évidente en Floride, au Texas et en Arizona, et de façon moins évidente dans l’état de Washington, en Idaho, dans le Montana et en Oklahoma.

Malgré cette résurgence, le Dr Feigl-Ding estime que le confinement ne peut pas durer et que le masque constitue le moyen le plus facile de ralentir la transmission du virus.

« Si 95 % des gens respectent le port du masque, on peut ramener le taux de contagion sous le seuil du R-1, le « R » correspondant à chaque personne infectée et au nombre de personnes qu’elle peut infecter à son tour », explique-t-il.

Le Dr Feigl-Ding indique que l’intelligence artificielle est également mise à contribution dans la lutte contre la COVID-19, pour laquelle on a notamment mobilisé le deuxième superordinateur le plus rapide du gouvernement américain pour rechercher, parmi les trois milliards de composés contenus dans la base de données du NIH, ceux qui s’attachent au coronavirus.

« L’ordinateur a jusqu’à présent trouvé 250 composés capables de s’attacher au coronavirus… Beaucoup d’entre eux ont déjà été approuvés et 10 pourront faire l’objet d’une procédure accélérée puisqu’il s’agit de médicaments existants ».

Course au vaccin

La course mondiale au vaccin donne également des raisons d’espérer, indique le Dr Feigl-Ding, en soulignant que des recherches sont en cours partout dans le monde, notamment aux États-Unis, à l’OMS et en Chine. Les travaux effectués par le groupe d’Oxford, qui applique à la COVID-19 une technologie ayant permis de traiter d’autres virus, sont notamment très prometteurs.

Le Dr Feigl-Ding indique qu’un vaccin pourrait être mis à la disposition des travailleurs de première ligne d’ici cinq à six mois; il faudra toutefois attendre jusqu’au printemps 2021 pour pouvoir le produire en quantité suffisante pour que le grand public puisse en bénéficier et que l’on puisse atteindre l’immunité collective.

« Il faut en gros vacciner quatre personnes sur cinq pour pouvoir protéger les autres, et, pour que 80 % de la population soit vaccinée ou immunisée, il va falloir des milliards et des milliards de doses », explique-t-il.

Répercussions

Dans la mesure où les ressources affectées aux vaccins habituels sont redirigées vers la lutte contre la pandémie et la course au vaccin contre la COVID-19, le Dr Feigl-Ding indique que cela risque d’avoir des répercussions sur le secteur de la santé; on risque par exemple de voir une diminution des campagnes de sensibilisation pour le vaccin contre la grippe.

« C’est comme un phénomène de cannibalisation, qui fait que nous détruisons une partie du programme de santé publique dans le but d’alimenter la recherche ou de mettre en place des programmes en lien avec la COVID », explique-t-il.

Si l’on ajoute à cela l’intensification du mouvement « anti-vaccins », qui s’oppose à la vaccination des enfants contre les maladies infantiles courantes comme la rougeole ou la coqueluche, il y a de quoi s’inquiéter, selon le Dr Feigl-Ding.

La situation sanitaire mondiale dans son ensemble - le cas des maladies non contagieuses

Pendant que le monde travaille à enrayer la pandémie de coronavirus, le Dr Feigl-Ding constate que les maladies non contagieuses, comme l’obésité et le diabète, atteignent des proportions dignes d’une épidémie aux États-Unis et en Chine, ainsi que dans les pays en développement, comme au Moyen-Orient et en Afrique.

Il plaide pour de nouveaux mécanismes de financement pour les maladies non contagieuses les plus répandues, et estime que les programmes de lutte contre ces maladies devraient être considérés comme aussi essentiels que beaucoup des projets d’infrastructures financés par ces pays. Il serait peut-être possible d’opter pour un financement mixte, qui permettrait de combiner des investissements des secteurs public et privé dans des programmes de santé publique visant à faire reculer l’incidence des maladies chroniques comme l’obésité, le diabète ou les facteurs de risque de maladies cardiovasculaires.

Le Dr Feigl-Ding souligne que l’augmentation de la prévalence de ces maladies va de pair avec le développement économique. Plus les populations sont capables de se défendre contre les maladies infectieuses, plus les gens vivent vieux et adoptent un style de vie plus sédentaire, et sont donc plus sujets aux maladies chroniques.

« Ces maladies non contagieuses sont des maladies du développement économique et il est essentiel de financer les programmes qui s’y attaquent. »

Accès aux soins de santé

Afin de lutter contre cette augmentation des maladies chroniques, les pays en développement qui ne comptent pas suffisamment de professionnels de la santé doivent faire de l’accès aux soins de santé une priorité, indique-t-il. Certains pays ont réagi en augmentant leurs services de santé mobiles et en ligne. Ils ont également assoupli certaines restrictions pour par exemple permettre aux infirmières de prescrire des médicaments.

La solution pour lutter contre les maladies chroniques est toutefois peut-être un peu plus simple.

« Ce dont on a cruellement besoin, c’est de programmes d’intervention communautaires ciblés et d’outils de financement adaptés, comme ce qui est fait par l’organisme à but non lucratif Health Finance Institute ».

Le côté positif

Tel qu’indiqué au début de la table ronde par le chef de la direction de BMO Marchés des capitaux Dan Barclay, la pandémie a ceci de positif jusqu’à maintenant que les gens un peu partout dans le monde écoutent davantage ce que les plus grands scientifiques ont à dire, que ce soit à propos de la COVID-19 ou d’autres aspects importants du système de santé.

Alors que scientifiques et pouvoirs publics continuent de se démener pour trouver la meilleure façon de gérer les différents aspects de l’épidémie, qu’il s’agisse de la transmission asymptomatique ou des périodes d’incubation, ou encore de l’incidence de l’immunité, les gouvernements et le secteur de la santé font front commun face à la crise mondiale.

« C’est la première fois que, partout dans le monde, tout le monde prête réellement attention à tous les arguments des scientifiques, qui auparavant ne dépassaient pas les murs des universités et des laboratoires de recherche », indique le Dr Feigl-Ding. « Tout cela a très rapidement pris le devant de la scène. »

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