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COP26 : Pourquoi les entreprises doivent assumer leur responsabilité sociale

Finance durable 10 novembre 2021
Finance durable 10 novembre 2021

 

L’économiste américain et prix Nobel Milton Friedman affirmait que l’unique responsabilité des entreprises consistait à maximiser les rendements de leurs actionnaires. Mais les jours de cette vision économique sont peut-être comptés : de nombreuses entreprises sont désormais conscientes d’avoir des responsabilités à l’égard, non seulement de leurs actionnaires, mais également de leur communauté et de leurs employés. Si la production de revenus et de bénéfices reste un élément important de leur mission, les entreprises qui s’en sortiront le mieux seront celles dont les agissements seront dictés par leur responsabilité sociale plutôt que par la nécessité de faire grimper le cours de leurs actions. 

C’est une des principales conclusions de l’une des tables rondes organisées dans le cadre du Forum sur l’innovation sociale 2021 qui s’est tenu cette semaine à Glasgow, en marge de la Conférence des Nations Unies sur le climat (COP26). Cette table ronde, présentée sous le thème « Repenser la responsabilité sociale des entreprises » et animée par le président du forum Nik Gowing,  a réuni Dan Barclay, chef de la direction et chef de groupe de BMO Marchés des capitaux, Simon Glynn, associé et cochef, climat et développement durable chez Oliver Wyman,  Aron Cramer, chef de la direction de Business for Social Responsibility, Timothy Stutt, Associé et responsable des questions ESG pour l’Australie chez Herbert Smith Freehills, et Laura Lane, directrice des affaires générales chez UPS, et donné lieu à une conversation animée sur l’évolution du concept de responsabilité sociale.

Les entreprises s’y intéressent de près depuis quelques années, et BMO ne fait pas exception.

Dan Barclay souligne que BMO a commencé à réfléchir à sa responsabilité sociale il y a environ deux ans et que 15 000 de ses 50 000 employés ont été impliqués dans cette réflexion. Le dévoilement de la nouvelle mission (« faire une différence, dans la vie comme en affaires ») en a déstabilisé certains, qui trouvaient qu’elle n’avait rien avoir avec une institution financière. Mais quand BMO a commencé à réfléchir à ce qu’elle devrait prioriser, elle a réalisé que la satisfaction des actionnaires n’était pas son seul objectif. Elle souhaitait également contribuer à l’amélioration des communautés dans lesquelles elle est présente, explique M. Barclay. « La banque est, par nature, ancrée dans la communauté et celle-ci est indissociable de notre raison d’être », explique-t-il.

Pour faire vivre cette mission, il a fallu investir 300 milliards de dollars canadiens dans le développement durable et s’engager à contribuer à la mise en place à la fois d’une société inclusive et d’une économie dynamique. « Tout cela résonne beaucoup plus aujourd’hui que quand nous l’avons mis en place il y a 24 mois », observe M. Barclay. « Tous nos choix, que ce soit sur le plan stratégique, dans nos communautés, la façon dont nous accordons du financement, et notre stratégie d’avenir, sont faits en fonction de cette mission. »

« Nous devons réfléchir à la responsabilité sociale du monde et, face aux difficultés et aux opportunités, il se dégage un certain consensus en la matière », indique Aron Cramer. « Nous avons besoin d’une économie inclusive qui contribue positivement à la situation climatique et à la nature. C’est de ça que le monde a besoin ».

Si tout le monde peut s’entendre sur ce besoin essentiel, alors les entreprises peuvent réfléchir à la façon dont elles peuvent y contribuer; elles n’auront d’ailleurs pas le choix que de participer à cet objectif commun si elles veulent soutenir le rythme de l’évolution de l’économie. « En plus des questions climatiques et de la reprise post-COVID-19, nous faisons face à des bouleversements profonds qui mènent à une redéfinition complète des entreprises », souligne M. Cramer. « La responsabilité sociale d’une entreprise, c’est l’étoile Polaire qui lui permettra de définir son rôle dans ce monde en plein bouleversement ».


Visit Sustainable Innovation Forum to watch the panel.

*Disponible en anglais seulement


Laura Lane indique que chez UPS, la responsabilité sociale dicte toutes les décisions de l’entreprise. « Contrairement à ce que tout le monde pense, UPS ne signifie pas United Parcel Service, mais United Problem Solvers (solutionneurs de problèmes unis) », explique-t-elle. Elle souligne qu’UPS a fait beaucoup, ces deux dernières années, pour définir sa responsabilité sociale, mais que c’est réellement pendant la pandémie que sa mission a véritablement émergé. « Nous faisons avancer le monde en livrant des choses qui comptent vraiment, comme un milliard de doses de vaccins. Tout ce que nous faisons est dicté par notre intérêt pour le développement durable ».

Créer des entreprises réellement motivées par leur responsabilité sociale  

Si BMO et UPS semblent avoir trouvé leur étoile Polaire, M. Gowing s’interroge sur cette tendance de certaines entreprises à prétendre qu’elles assument leur responsabilité sociale juste parce qu’elles pensent que c’est ce que les clients veulent entendre.

Maintenant que les gens s’intéressent de plus en plus au développement durable, il est toutefois difficile de « feindre » un tel engagement, selon les participants à la table ronde. Pourtant, toutes les entreprises ne font pas face à leur responsabilité sociale de la même façon. « Il y a une différence entre les entreprises pour lesquelles l’adoption d’une mission sociale est une décision stratégique qui transparaît dans l’ensemble de l’organisation et celles qui l’abordent de manière relativement superficielle, sans la mettre réellement en œuvre dans leurs activités », estime M. Stutt.

Les entreprises qui font les choses bien sont celles qui intègrent cette mission sociale à tout ce qu’elles font, y compris à leurs documents de gouvernance et à leurs politiques de travail. Tout le monde, de la présidence à la direction générale, doit par ailleurs embarquer. « Comme ça, même quand personne ne regarde, les gens continuent d’agir en fonction de cet objectif », souligne-t-il.

M. Glynn ajoute que, même si la plupart des entreprises d’aujourd’hui affirment que la valeur actionnariale n’est pas leur seule préoccupation, on ne sait pas vraiment combien ont véritablement tourné le dos à la doctrine de Friedman, selon laquelle elles n’auraient de responsabilités qu’à l’égard de leurs actionnaires. « À quel point sont-elles engagées à l’égard de la responsabilité sociale? », demande-t-il. « Cette responsabilité dicte-t-elle vraiment tout ce qu’elles font, ou la création de valeur actionnariale reste-t-elle implicitement leur seule raison d’être? »

La responsabilité sociale est bonne pour les affaires

Les entreprises qui assument leurs responsabilités sociales observent par ailleurs que le développement durable est bon pour les affaires, souligne M. Barclay.

Il observe qu’au cours des deux dernières années, l’adoption de pratiques environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) est passée d’un modèle fondé sur les pénalités à un modèle de renforcement positif. Dans un modèle davantage axé sur les pénalités, la responsabilité sociale ne compte pas : l’entreprise cherche simplement à limiter les résultats négatifs, mais il y a des limites à ce que l’on peut accomplir de cette manière. Lorsque l’on met des encouragements en place, les entreprises sont plus actives : elles essaient par exemple de réduire leur empreinte carbone ou d’améliorer leurs pratiques de gouvernance, deux éléments dont on sait qu’ils peuvent avoir des retombées positives sur les affaires. « Si je fais les choses bien, je peux faire de meilleures affaires et je serai récompensé », explique M. Barclay.

Il l’a d’ailleurs constaté directement. Parce qu’elle assume sa responsabilité sociale, BMO est avantagée : ses clients sont plus nombreux et plus heureux, ses employés sont plus satisfaits et ses bénéfices augmentent. « Le défi, ce n’est pas d’augmenter la valeur actionnariale », indique M. Barclay. « Le défi, c’est de savoir comment définir la valeur actionnariale. Si votre entreprise ne réussit pas, elle laisse tomber sa communauté et tout ce qui gravite autour. Les entreprises doivent réussir, ce qui signifie qu’elles doivent faire de l’argent, assumer leur responsabilité sociale et répondre aux besoins des acteurs concernés, mais elles doivent le faire de manière responsable ».

La cohorte actuelle de dirigeants d’entreprises est-elle capable de gérer le bouleversement en cours et de passer d’un modèle centré exclusivement sur la satisfaction des actionnaires à un modèle davantage axé sur l’environnement et plus inclusif? Les participants à la table ronde conviennent qu’il est difficile de réfléchir à long terme lorsqu’on doit composer avec autant de pressions à court terme, mais ils sont néanmoins optimistes. « L’entreprise qui agit en fonction de ce qui est bon pour ses affaires et bon pour ses employés saura prendre les bonnes décisions », estime Mme Lane.

M. Barclay ajoute que la responsabilité sociale est quelque chose que les entreprises ne peuvent pas se permettre d’ignorer, dans la mesure où les clients, les investisseurs et d’autres leur demandent déjà des comptes. « Vous risquez de perdre votre légitimité sociale très rapidement si vous ne faites pas la bonne chose », observe-t-il. « Que ce soit en raison de votre comportement ou de la façon dont vous gérez votre entreprise, les sanctions qui s’appliquent si vous ne faites pas la bonne chose, surtout pour les sociétés cotées en bourse, sont importantes et peuvent avoir de graves conséquences ».

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Dan Barclay Chef de la direction, BMO Marchés des capitaux

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