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L’invasion russe : Répercussions sur l’économie et les marchés

Recherche et stratégie 01 mars 2022
Recherche et stratégie 01 mars 2022

 

L’invasion de l’Ukraine par la Russie pourrait refroidir les attentes élevées quant à la croissance économique cette année tout en exacerbant les pressions inflationnistes mondiales, une flambée des prix du pétrole représentant à elle seule le plus grand risque pour l’économie et les investisseurs, a déclaré lundi un groupe de spécialistes de BMO.

Animé par Stephen Macdonald, chef, BMO Gestion privée de placements à BMO Gestion privée, le groupe de discussion, qui a abordé le sujet de L’invasion russe : Répercussions sur l’économie et les marchés, réunissait Douglas Porter, économiste en chef et directeur général de BMO Groupe financier, Margaret Kerins, chef, Stratégie macroéconomique Titres à revenu fixe de BMO Marchés des capitaux et Brian Belski, stratège en chef – Placements, BMO Marchés des capitaux

Selon Douglas Porter, chaque augmentation de 10 $US du prix du baril de pétrole ajoute près d’un demi-point de pourcentage au taux d’inflation, une préoccupation de taille étant donné le « contexte inflationniste tendu » actuel.

Malgré tout, les intervenants ont exprimé un certain optimisme, estimant que l’incertitude géopolitique se dissiperait et que 2022 resterait une année somme toute positive pour les actions nord-américaines. « Nous sommes optimistes, a noté Brian Belski. Nous n’avons pas changé nos prévisions et nous ne céderons pas à la nature réactive du marché. Nous voyons toujours les tendances que nous percevions y a quelques mois. »

L’un des effets les plus immédiats de la situation en Ukraine est qu’elle a « réduit à néant les chances que la Banque du Canada soit plus audacieuse » dans ses efforts pour combattre l’inflation par des hausses de taux d’intérêt, a déclaré M. Porter.

La banque centrale annoncera probablement une hausse de 0,25 point de pourcentage du taux de financement à un jour lors de sa réunion du 2 mars – et la Réserve fédérale devrait lui emboîter le pas quelques semaines plus tard – mais elle ne relèvera pas les taux six ou sept fois cette année, comme certains l’avaient prédit. M. Porter prévoit quatre autres hausses de taux au cours de l’année, puis environ une hausse par trimestre par la suite.

« Selon un raisonnement à la marge, (le conflit) pourrait avoir réduit le nombre total de hausses de taux que la Banque du Canada pourrait pratiquer au cours de l’année à venir », a-t-il expliqué.

L’inflation risque de rester élevée

« Dans l’ensemble, les Canadiens peuvent s’attendre à ce que l’inflation finisse par ralentir pour se situer dans une fourchette de 4 % à 5 %, avec une croissance du PIB d’environ 4 % », a poursuivi M. Porter. Il a également ajouté que le dollar canadien, qui s’est légèrement déprécié par rapport au billet vert au cours des derniers mois, s’était détaché des prix du pétrole. C’est une bonne nouvelle pour les producteurs d’énergie, dont les revenus profitent pleinement de la hausse des prix du pétrole, mais pas pour les consommateurs.

« Cela explique pourquoi nous observons des prix record à la pompe au Canada, alors que les prix du pétrole sont encore loin d’avoir atteint des sommets », a souligné M. Porter. Il prévoit aussi que le secteur de l’habitation restera robuste malgré les hausses graduelles des taux d’intérêt, et qu’il pourrait même connaître un certain afflux comme valeur refuge, les investisseurs cherchant à mettre leurs capitaux à l’abri en période de turbulence.

Ce qu’il ne prévoit pas, toutefois, ce sont des hausses d’impôts généralisées pour rembourser la dette contractée en raison de la pandémie. Fait remarquable, le gouvernement fédéral a enregistré un excédent budgétaire en décembre, ce qui indique que les recettes publiques « se sont complètement rétablies dans ce pays » depuis le début de la pandémie de COVID-19, a-t-il remarqué.

De plus beaux jours en perspective pour les marchés

Pour ce qui est des titres à revenu fixe, la crise « vient certainement ajouter un autre élément de risque dans la prise de décision des participants aux marchés, et tout cela se traduit par une volatilité intrajournalière élevée des taux et des actifs à risque », a déclaré Margaret Kerins.

Au cours de la dernière semaine, le rendement de l’obligation du Trésor américain à 10 ans a reculé par rapport à son récent sommet de plus de 2 %, mais Mme Kerins pense toujours qu’il grimpera au-dessus de 2,25 % d’ici la fin de l’année. « Une fois que le risque géopolitique s’estompera, le marché du crédit recommencera à se négocier dans une fourchette, a-t-elle expliqué, et à ce moment, nous verrons de meilleures possibilités d’achat émerger ».

En ce qui concerne les actions, M. Belski a prédit une « transition vers la normalité », les marchés axés sur la dynamique des quatre ou cinq dernières années cédant la place à des marchés axés sur les fondamentaux. Malgré tout le bruit entourant l’inflation et les taux d’intérêt, la croissance des bénéfices continue d’impressionner.

« Le marché a fait son travail du côté des technos » a-t-il dit, en faisant référence à la réévaluation des valeurs technologiques, en particulier celles dont les bénéfices attendus se réaliseront dans un avenir plus ou moins lointain. Il a également ajouté que les marchés ont subi une correction de plus de 10 %. Chaque fois que cela s’est produit – comme cela est arrivé 29 fois depuis 1970 – les actions se sont redressées, en moyenne, de 27 % dans les 12 mois qui ont suivi le creux.

Les enjeux géopolitiques n’ont pas non plus changé son avis, c’est-à-dire qu’il estime que le Canada et les États-Unis représentent encore les meilleurs marchés pour les actions. La zone euro, en revanche, a été une sorte de piège de sous-évaluation apparente au cours des 20 dernières années, sa part de la production mondiale ayant diminué de 12 points de pourcentage. « Les investisseurs devraient envisager une stratégie active consistant à acheter des actions individuelles et des FNB d’un seul pays plutôt que d’investir dans un fonds indiciel européen ou EAEO global lorsqu’ils investissent hors Amérique du Nord », a-t-il affirmé.

Sur le plan sectoriel, M. Belski a exprimé une préférence pour les valeurs bancaires et les matériaux, tout en restant neutre par rapport au secteur de l’énergie, qui a connu une hausse importante au cours de la dernière année. En raison des tensions géopolitiques, « je pense que les matériaux sont exceptionnellement bien placés, tant au Canada qu’aux États-Unis, pour les 12 à 18 prochains mois », a-t-il dit. BMO a également une opinion favorable des titres des secteurs de la technologie, des communications, de l’industrie et de la consommation discrétionnaire.

À moyen terme, M. Porter prévient que la décarbonation pourrait poser un certain risque pour l’économie canadienne, comme certaines provinces dépendent encore des revenus tirés de la production et de la consommation de combustibles fossiles. À mesure que les taxes sur le carbone augmenteront, certaines de ces provinces et entreprises vont souffrir. « Cela représente un énorme défi pour l’économie canadienne », a-t-il expliqué.

Quoi qu’il arrive en Ukraine, le thème principal pour 2022 restera la maîtrise de l’inflation au moyen de la hausse des taux d’intérêt. « Il y a tous ces risques inconnus, bien sûr, mais nous pensons que le marché va se calmer et renouer avec les fondamentaux économiques, le resserrement de la politique de Fed et la réduction de son portefeuille, a affirmé Mme Kerins. Les taux devraient donc recommencer à grimper dans le segment à long terme de la courbe ».

 

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Douglas Porter, CFA Économiste en chef
Margaret Kerins, CFA Chef - Stratégie macroéconomique, Titres à revenu fixe
Brian Belski Stratège en chef des investissements

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