Dans un brouillard d’incertitude, le Canada tire parti de ses forces
Il n’y a pas si longtemps, les gouvernements considéraient la compétitivité principalement sous l’angle de la productivité et de la croissance du PIB. Mais l’intensification des tensions géopolitiques, les bouleversements technologiques, ainsi que les tensions en Europe et au Moyen-Orient qui perturbent les chaînes d’approvisionnement et redéfinissent le commerce mondial, sont en train de modifier cette définition. Aujourd’hui, la compétitivité est de plus en plus comprise comme la capacité d’un pays à façonner ses propres résultats dans un monde incertain.
Comment le Canada s’intègre-t-il à cette nouvelle dynamique en tant que puissance moyenne? C’était l’objectif de la table ronde intitulée Le nouveau guide stratégique organisée dans le cadre de la 32e édition de la Conférence de Montréal du Forum économique international des Amériques (FEIA), qui mettait en vedette les personnes suivantes :
Darryl White, Chef de la direction de BMO Groupe financier (modérateur)
François-Philippe Champagne, ministre des Finances et du Revenu national, Développement Canada
Mathias Cormann, secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et ancien ministre des Finances de l’Australie
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(en anglais seulement)
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Voici quelques éléments clés à retenir :
Favoriser la productivité
Les économies membres de l’OCDE font face à d’importants défis en matière de croissance de la productivité en raison de risques émergents. Ces vents contraires vont du changement climatique à la géopolitique, cette dernière affectant les chaînes d’approvisionnement et entraînant des pratiques commerciales inégales, a expliqué Mathias Cormann. Les règles encadrant les marchés libres sont elles aussi soumises à des pressions croissantes, a-t-il ajouté, citant en exemple la concentration de l’approvisionnement en minéraux critiques entre les mains d’un petit groupe de pays.
Les accords commerciaux internationaux doivent fonctionner de manière plus efficace et plus équitable qu’ils ne le font actuellement, a souligné M. Cormann. « Ce que nous disons aux gouvernements membres et aux pays du monde entier, c’est de travailler plus fort pour résoudre ces problèmes par le dialogue et la coopération, a-t-il dit. Évitez d’agir unilatéralement, car les mesures unilatérales aggravent inévitablement les choses. »
En ce qui concerne le Canada, le pays aborde la période actuelle en position de force relative, l’OCDE prévoyant pour lui la deuxième croissance la plus rapide parmi les pays du G7, juste derrière les États-Unis. « Les systèmes fondés sur les principes de l’économie de marché et de la démocratie sont suffisamment agiles pour s’adapter et réagir, a-t-il déclaré. Je crois que c’est un facteur durable de réussite pour des pays comme le Canada. »
Une superpuissance énergétique
La stratégie du Canada consiste à tirer parti de ses atouts, a expliqué François-Philippe Champagne. En tant que puissance intermédiaire, le Canada ne peut pas rivaliser avec les plus grandes économies sur le plan des dépenses, mais il peut miser sur des secteurs où il détient déjà un avantage. Cela comprend l’énergie, les ressources essentielles, les infrastructures et l’accès aux marchés, tout en élaborant de nouveaux outils pour bâtir la nation. L’un de ces nouveaux outils est le Fonds pour un Canada fort, le premier fonds souverain du pays visant à attirer des investissements privés.
Cette stratégie repose sur un lien croissant entre la sécurité alimentaire, énergétique, économique et nationale. Cette interconnexion, a souligné M. Champagne, n’a jamais été aussi importante, alors que les pays repensent leurs chaînes d’approvisionnement et leur sécurité énergétique à long terme.
Il a souligné l’accès du Canada à trois océans, ses vastes réserves de gaz naturel liquéfié (GNL), de pétrole et de gaz, sa capacité croissante en énergie renouvelable ainsi que son avantage en matière d’énergie nucléaire. Le Canada, a-t-il souligné, est en voie de devenir le premier pays du G7 à mettre en service un petit réacteur modulaire. « Lorsque nous disons que nous allons être une superpuissance énergétique, ce n’est pas seulement un slogan, a-t-il déclaré. C’est vraiment une nécessité dans un monde où l’architecture est en train d’être redéfinie. »
M. Champagne a cité l’engagement récent de Shell d’investir 22 milliards de dollars canadiens dans l’Ouest canadien comme signe que la stratégie fonctionne, ajoutant que le rôle du gouvernement est de réduire les risques et de créer les conditions propices à attirer davantage d’investissements.
Positionnement à long terme
Malgré les obstacles mondiaux, les données fondamentales de la réussite économique demeurent constantes, a déclaré M. Cormann. Les pays les mieux placés pour être compétitifs au fil du temps ont tendance à partager les mêmes fondements : des marchés libres et concurrentiels, des règles de gouvernance prévisibles, une main-d’œuvre qualifiée, une infrastructure et des institutions solides qui maintiennent la confiance des citoyens et des investisseurs.
M. Cormann considère l’IA comme un élément clé des perspectives à long terme, mais seulement si son adoption s’étend à l’ensemble des économies et dépasse le cadre des plus grandes entreprises. En fin de compte, les retombées de l’IA dépendront non seulement de l’innovation elle-même, mais aussi de l’ampleur de sa diffusion.
Pour élargir l’accès aux gains que la technologie pourrait offrir, les pays devront mettre en place les infrastructures, les compétences et les cadres de politiques appropriés afin que les entreprises et les travailleurs puissent en tirer parti. Une énergie fiable et abordable, une infrastructure numérique et une réglementation qui soutient l’adoption sans miner la confiance du public sont toutes importantes, a-t-il ajouté.
Dans les bonnes conditions, selon M. Cormann, l’IA pourrait ajouter jusqu’à 1,3 % à la croissance annuelle de la productivité. Bien que cela puisse sembler modeste en une seule année, il a souligné que les gains s’accumulent au fil du temps. « Les occasions de hausse sont incroyablement emballantes », a-t-il déclaré.
Être un phare dans une mer d’incertitude
Bien entendu, aussi résilient que le Canada ait pu être, aucun pays n’est à l’abri des changements qui se produisent dans le monde. La plus grande menace selon M. Champagne? L’abordabilité. « La question de l’abordabilité est au cœur des préoccupations de tous les pays, a déclaré M. Champagne. Nous passons d’une crise énergétique à un problème d’abordabilité. »
Cela est en grande partie attribuable au conflit au Moyen-Orient. Les dernières Perspectives économiques de l’OCDE ont examiné la façon dont les conflits entraînent des coûts humanitaires importants tout en mettant à l’épreuve la résilience de l’économie mondiale à travers des points de passage stratégiques tels que le détroit d’Ormuz. Plus les perturbations persistent, plus cela augmente le risque que la hausse des coûts de l’énergie se répercute sur les denrées alimentaires, les engrais et les matières premières nécessaires aux chaînes d’approvisionnement mondiales, a expliqué M. Cormann. « En résumé, on observe partout une croissance plus faible et une inflation plus élevée », a-t-il dit.
À ce sujet, M. Champagne a souligné la vitesse à laquelle les chocs mondiaux se répercutent maintenant sur les économies. Il a rappelé avoir averti ses homologues lors de la présidence canadienne du G7 en 2025 : « nous ne pouvons pas laisser l’incertitude devenir la nouvelle certitude. » La réalité d’aujourd’hui exige un type de leadership différent, a-t-il souligné. « Nous devons être les phares dans ce brouillard d’incertitude. »