Le conflit au Moyen-Orient continue de perturber les marchés des produits de base et des capitaux et d’embrouiller les perspectives économiques. Les efforts des gouvernements pour stabiliser les marchés pétroliers ont eu un impact limité. Un choc énergétique durable pourrait modifier considérablement les perspectives en matière d’inflation, de politique monétaire et de coûts d’emprunt, tout en faisant grimper la valeur des actifs refuges.
Camilla Sutton, première directrice générale et chef, Recherche sur les actions, BMO Marchés des capitaux, Canada et Royaume-Uni, a animé une discussion opportune sur l’évolution du conflit au Moyen-Orient. Ont participé à la discussion :
Doug Porter, premier directeur général et économiste en chef, BMO
Randy Ollenberger, analyste, Industries pétrolière et gazière, BMO Marchés des capitaux
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Pourquoi la volatilité du pétrole pourrait ne pas s’atténuer de sitôt
Le conflit actuel au Moyen-Orient est le plus important choc sur les marchés pétroliers depuis l’embargo pétrolier de 1973, mais, selon Randy Ollenberger, le marché sous-estime peut-être encore l’ampleur des perturbations. Depuis le début du conflit, la circulation de pétroliers dans le détroit d’Ormuz est passée d’environ 60 passages quotidiens à moins de 10, stoppant ainsi près de 20 % des mouvements mondiaux de pétrole et de produits, a-t-il expliqué.
Comme les livraisons physiques peuvent se faire avec quelques semaines de retard, l’ensemble des perturbations pourrait ne pas se manifester immédiatement sur les marchés d’utilisation finale. Compte tenu de la forte baisse des départs et du report du passage de nombreux navires, M. Ollenberger s’attend à ce que la pression augmente au cours des prochaines semaines à mesure que cette marge de manœuvre s’étiolera.
Même advenant une résolution rapide, a-t-il dit, il subsisterait toujours un écart de trois semaines dans le chargement des pétroliers, tandis qu’une prime de risque géopolitique continue pourrait maintenir les prix élevés bien au-delà de leur niveau actuel. C’est pourquoi, selon lui, un retour à un prix du baril de pétrole compris entre 60 $ US et 65 $ US n’est plus envisageable. « Les prix du pétrole vont augmenter pendant le reste de l’année », a-t-il déclaré.
La hausse des prix du pétrole fait grimper l’inflation et affaiblit la croissance
L’effet du maintien des prix du pétrole à des niveaux élevés aura de vastes répercussions sur l’économie, a expliqué Doug Porter. « Le pétrole étant le produit de base le plus important du monde, la hausse du coût du brut a des répercussions bien au-delà des prix des produits », a-t-il déclaré. « Malheureusement, cela aura aussi une incidence sur l’inflation des aliments. »
Chaque hausse de 10 % des prix du pétrole ajoute environ deux dixièmes de point de pourcentage à l’inflation nord-américaine et réduit d’environ un dixième la croissance, a-t-il expliqué. M. Porter s’attend maintenant à ce que l’inflation globale aux États-Unis et au Canada augmente d’environ un demi-point de pourcentage, ce qui rapprochera celle aux États-Unis de 3 % cette année, mais elle pourrait atteindre jusqu’à 4 % ce printemps avant de reculer. Elle sera légèrement inférieure au Canada, a-t-il ajouté.
En ce qui concerne la croissance, M. Porter a fait remarquer que les deux économies ne partent pas du même niveau. Il est toujours attendu que le PIB américain progresse d’un peu plus de 2 % cette année, ce qui est à peu près conforme à sa moyenne sur 20 ans. Pour le Canada, M. Porter a ramené ses attentes de croissance à 1 %, contre 1,5 % plus tôt cette année. Il a fait remarquer que, en raison de l’essoufflement et de l’incertitude persistante entourant le renouvellement de l’Accord de libre-échange nord-américain, le Canada se retrouve en position plus faible qu’avant le conflit. « Même avant le déclenchement du conflit, l’économie canadienne semblait très faible », a-t-il déclaré.
Les banques centrales peuvent se permettre d’être patientes
M. Porter a indiqué que les banques centrales étaient en fait mieux placées pour surmonter la situation actuelle que lorsque les prix du pétrole ont grimpé en flèche après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. À l’époque, l’inflation de base s’établissait à environ 4 % au Canada et à 6 % aux États-Unis, alors qu’elle est cette fois plus près de 2 % et de 3 %, respectivement.
À propos de la Banque du Canada, M. Porter a déclaré que, compte tenu des perspectives d’inflation, de la croissance du PIB et de la hausse des pertes d’emplois, il n’y avait à peu près rien qui justifierait une hausse de taux cette année.
M. Porter a ajouté que même si l’incidence de l’inflation demeure gérable pour le moment, il a insisté sur le fait que la durée du conflit est importante. « Si les prix restent à ces niveaux pendant longtemps encore, la croissance continuera de diminuer. »
L’impact réel se fait sentir sur les marchés des produits
Parce que le monde consomme de l’essence, du diesel et du carburéacteur plutôt que du pétrole brut en soi, les marchés des produits raffinés présentent des signes indiquant comment les prix du pétrole pourraient augmenter, a déclaré M. Ollenberger. Il a mentionné l’année 2008 comme un exemple où le resserrement des marchés des produits raffinés s’est produit avant celui du pétrole brut, une dynamique qui, selon lui, pourrait se reproduire si les perturbations persistent.
Dans certaines régions, les prix des produits raffinés ont atteint entre 150 $ US et 160 $ US le baril, comparativement à un écart normal de moins de 10 $ US le baril par rapport au brut. Pour M. Ollenberger, cet écart entre le pétrole brut et les produits raffinés donne à penser que les prix du pétrole n’ont pas encore atteint un sommet. « La volatilité est toujours le mot d’ordre », affirme-t-il.
L’incidence de la crise n’a pas encore été prise en compte dans les valorisations boursières des actions du secteur de l’énergie. « Nous continuons de penser qu’il y a une très grande valeur ici, car le marché sous-estime l’incidence des prix élevés du pétrole sur les bilans », a-t-il déclaré.
