Malgré de graves perturbations des marchés pétroliers, le conflit au Moyen-Orient a coïncidé avec une résilience étonnante des marchés. La tension entre les perturbations de l’offre et le rendement du marché a placé les banques centrales dans une position difficile, car la hausse des prix du pétrole ajoute des pressions inflationnistes, malgré le ralentissement de la croissance.
Pour mieux comprendre la dynamique entre le risque global accru et les forces fondamentales sous-jacentes, Michael Miranda, chef, Placements à BMO Gestion privée, Amérique du Nord, a organisé une discussion spéciale intitulée « Conflit au Moyen-Orient : Comprendre les signaux du marché au sujet des risques ». La conversation portait sur les sujets suivants :
Doug Porter, premier directeur général et économiste en chef, BMO
Randy Ollenberger, premier directeur général, Recherche sur le pétrole et le gaz, BMO Marchés des capitaux
Katherine Krantz, stratège, Portefeuille, BMO Marchés des capitaux
Un épisode de balado fondé sur cette discussion est accessible ici :
Voici les principaux points à retenir :
Les prix du pétrole ne disent pas tout
En ce qui concerne la quantité de pétrole qui a été exclue du marché par les perturbations de la navigation dans le détroit d’Ormuz, Doug Porter a déclaré que le conflit a confirmé les scénarios les plus pessimistes de BMO. Malgré tout, les prix du pétrole ont fluctué de façon beaucoup moins marquée que prévu, puisqu’ils sont restés proches des prévisions initiales de la banque, soit de 95 $ US à 100 $ US le baril pour le printemps.
Ces prix sont bien en deçà de la fourchette de 130 $ US à 150 $ US représentant un seuil auquel, selon M. Porter, des pressions plus graves seraient exercées sur l’économie mondiale. « Il n’est pas surprenant que les marchés aient été en mesure de gérer le prix du pétrole à 100 $ US », a-t-il déclaré, en notant que l’économie mondiale a été en mesure de composer avec des prix du pétrole à ces niveaux dans le passé.
Pour M. Porter, les prix actuels donnent à penser que les investisseurs considèrent toujours que les perturbations sont graves, mais temporaires. « La seule hypothèse valable est que le marché demeure absolument convaincu que, d’une façon ou d’une autre, cela ne durera pas beaucoup plus longtemps et que l’offre reprendra », a-t-il déclaré.
Temporaire peut-être, mais, comme Randy Ollenberger l’a expliqué, le retour à la normale pourrait prendre plus de temps que ne le suggèrent les prix actuels. Même si les États-Unis et l’Iran acceptaient de mettre fin au conflit dès aujourd’hui, il faudrait probablement de deux à trois mois pour normaliser les flux, tandis que la production et le transport pourraient prendre jusqu’à six mois avant de se redresser complètement. Il a souligné qu’un recul des pourparlers de paix ou une autre escalade pourrait rapidement relancer les pressions à la hausse sur les prix du pétrole, ce qui rendrait le marché plus vulnérable à une volatilité accrue.
Le risque d’inflation se manifeste dans les taux
La menace pesant sur l’approvisionnement en pétrole n’est pas la seule que les investisseurs axés sur le risque surveillent. L’Iran a également montré qu’il était en mesure de menacer les infrastructures. Les investisseurs ont beaucoup d’informations à digérer, a déclaré Katherine Krantz, mais on ne peut se préparer à chaque scénario. « L’important est de miser sur la diversification », a-t-elle déclaré. « On ne peut pas être positionné en fonction de tous les risques géopolitiques. »
Comme pour le pétrole, l’incidence du conflit sur le dollar américain a été atténuée. On s’éloigne ainsi de la perspective qui prévalait au début de l’année, lorsque l’économie mondiale s’apprêtait à se redresser, selon laquelle la demande pour le dollar américain allait s’affaiblir. Néanmoins, a-t-elle ajouté, ce soutien pourrait s’estomper lorsque les investisseurs recommenceront à se tourner vers des actifs plus risqués.
Les répercussions ont été plus évidentes du point de vue des taux et des attentes inflationnistes. M. Porter a indiqué qu’une hausse de 10 % des prix du pétrole a tendance à ajouter environ deux dixièmes de point de pourcentage à l’inflation dans les économies avancées. Cet effet s’est répercuté sur les prévisions d’inflation globale, mais il reste à savoir si cela fera grimper l’inflation de base. Les taux des obligations à long terme ont augmenté, mais ils ne se sont pas écartés de la fourchette dans laquelle ils se trouvaient au cours de la dernière année.
Plus le prix du pétrole reste élevé longtemps, plus les perspectives pour les taux sont complexes. M. Porter a déclaré que BMO ne s’attend toujours pas à ce que la Banque du Canada relève les taux cette année, mais selon les derniers commentaires de la banque centrale, la trajectoire sera plus audacieuse si l’inflation prend de l’ampleur. « Ils ne se sont pas contentés de dire qu’ils devraient peut-être relever les taux », a-t-il souligné. « Ils ont expressément indiqué qu’ils pourraient devoir relever les taux de façon consécutive. »
Aux États-Unis, BMO avait prévu deux réductions de taux plus tard cette année, après la fin du conflit, mais M. Porter a déclaré qu’il y a maintenant un risque clair que cela se produise au début de l’année 2027. « Rien ne presse vraiment la Fed à réduire ses taux », a-t-il déclaré. « L’économie n’est pas particulièrement faible. De plus, l’essor de l’IA spectaculaire aide à soutenir l’économie. »
Le Canada en profite, mais de façon inégale
Dans le contexte actuel, M. Porter a déclaré que peu d’économies sont plus isolées que le Canada. En tant qu’exportateur de pétrole, de gaz naturel, d’aluminium et d’engrais, le Canada profite de la hausse des prix, surtout dans des provinces productrices comme l’Alberta, la Saskatchewan et, dans une moindre mesure, Terre-Neuve. Malgré tout, selon lui, les difficultés rencontrées par les consommateurs et les régions non productrices l’emportent sur ces aspects positifs à court terme, si bien que le Canada affiche pour le moment un léger déficit net négatif.
Les sociétés du secteur de l’énergie n’ont pas encore profité de la récente hausse des prix, a déclaré M. Ollenberger. À court terme, le cours du pétrole s’est rapproché de 100 $ US, mais à long terme, il est resté dans une fourchette près de 75 $ US à 80 $US, ce qui n’est pas suffisant pour entraîner une hausse importante des dépenses en immobilisations. La hausse des flux de trésorerie a renforcé les bilans, mais M. Ollenberger a indiqué que le secteur était beaucoup plus rigoureux qu’il y a une décennie.