Composer avec l’incertitude est toujours un défi, et c’est encore plus difficile lorsque les manchettes incitent à effectuer des ajustements stratégiques presque quotidiennement. Mais de notre point de vue, l’humeur semble changer : alors qu’il y a eu un sentiment de paralysie qui a poussé les sociétés à faire une pause, les chefs de file vont de l’avant et prennent des décisions, et c’est en grande partie attribuable à une gestion proactive de leur exposition au risque de taux d’intérêt.
Trois leaders de BMO se sont récemment réunis pour discuter de la façon dont les entreprises gèrent le risque de taux d’intérêt dans ce contexte empreint de volatilité :
Steven Jensen, chef, Secteurs diversifiés, BMO Entreprises, Canada
Cheryl Ferguson, première directrice générale, Ventes aux sociétés et structuration, BMO Marchés des capitaux
Shelly Kaushik, économiste principale, Études économiques BMO
Voici un résumé de leur conversation.
Les entreprises reprennent pied
Comme M. Jensen l’a souligné, les événements rapportés chaque jour peuvent sembler accablants. La veille de la conversation, les États-Unis ont annoncé de nouveaux tarifs douaniers de 50 % sur un large éventail de biens importés du Canada. Ce qui est différent maintenant, c’est que les entreprises canadiennes adoptent une approche plus optimiste pour composer avec les chocs imprévus.
« Au cours des 12 derniers mois, j’ai remarqué que le milieu des affaires reconnaît qu’il n’y aura pas de certitude », a expliqué M. Jensen. « Elles ne seront certaines de rien, que ce soit en matière d’investissement ou d’expansion du capital. Et elles comprennent qu’elles doivent commencer à faire des paris et aller de l’avant. »
Mme Kaushik a souligné que la réaction modérée du marché à l’annonce des tarifs douaniers témoigne du fait que les dirigeants d’entreprise comprennent que l’incertitude persistante est la nouvelle normalité. « Nous ne pouvons pas réagir à toutes les manchettes, et le monde est tout à fait différent de ce qu’il était il y a un an », a-t-elle soutenu.
Le contexte économique actuel
Après deux trimestres consécutifs de contraction, l’économie canadienne a commencé à reprendre de la vigueur. Mme Kaushik a souligné que le Canada n’est pas officiellement en récession. De plus, malgré les incertitudes associées au conflit entre les États-Unis et l’Iran et aux échanges commerciaux avec les États-Unis, à l’exception du choc des prix de l’énergie, l’inflation dans son ensemble reste sous contrôle, proche de la cible de 2 % de la Banque du Canada.
« Cela s’explique en partie par le fait que les entreprises ont de la difficulté à transmettre ces coûts plus élevés aux consommateurs », a expliqué Mme Kaushik. « Compte tenu de cette croissance et de l’inflation, la Banque du Canada semble assez à l’aise de maintenir les taux à 2,25 %. »
Mme Kaushik pense toutefois que la position de la BdC ne devrait pas inciter les sociétés à se montrer complaisantes. « De nombreux risques sous-tendent ces prévisions », a-t-elle prévenu, notamment la situation au Moyen-Orient, la volatilité des prix de l’énergie et le contexte commercial.
Adoption de stratégies de couverture
La volatilité constante complique la planification stratégique, ce qui peut entraîner de la complaisance. Mais, comme M. Jensen l’a indiqué, il est essentiel d’élaborer un cadre de gestion des risques avant qu’un événement déclencheur ne se produise. « Parce que si vous vous retrouvez au cœur de cette situation, vous ne serez pas aussi bien outillé, a-t-il dit.
C’est pourquoi, comme l’a dit Mme Ferguson, les équipes de direction plus proactives adoptent des politiques de couverture formelles contre les risques liés aux taux d’intérêt, aux taux de change et aux produits de base. Elle a souligné qu’une idée fausse très répandue au sujet de la couverture est que les sociétés devraient couvrir la totalité de leur exposition. Selon Mme Ferguson, bien qu’il y ait certaines situations où cela pourrait être approprié, la plupart des clients de BMO couvrent entre 50 % et 70 % de leur exposition totale.
« Ils ont une politique pour couvrir 50 % de leur exposition et pour la gérer de façon continue, par exemple », a-t-elle expliqué. « En ne couvrant pas la totalité de votre exposition, vous vous laissez tout de même une certaine souplesse si les taux d’intérêt baissent ou si le taux de change s’améliore à votre avantage. »
Le moment est venu d’agir
Il y aura toujours des événements déclencheurs périodiques. Mais, comme M. Jensen l’a dit, les leaders doivent évaluer leurs stratégies de couverture dans les moments où le contexte semble stable. Parce que, si l’on attend qu’un événement déclencheur se produise, il pourrait être trop tard.
« Il s’agit d’un moment important où vous pourriez créer de façon proactive des solutions pour tout ce qui se trouve devant vous, a déclaré M. Jensen. « Le fait d’engager ces conversations tôt et de connaître vos options peut vous aider à gérer ces expositions au risque. »
La bonne nouvelle, c’est que les entreprises canadiennes commencent à entendre l’appel. « Les clients commencent à agir, en investissant soit dans une expansion, une acquisition ou d’autres transactions », a reconnu M. Jensen. « Ils disent qu’ils ne seront jamais sûrs, mais qu’ils ne peuvent pas rester indéfiniment sur la touche. Et en l’absence de cette clarté, ils feraient mieux d’avoir une stratégie à toute épreuve. »