La finance durable au Canada entre dans une nouvelle phase qui est définie moins par des engagements volontaires que par les forces du marché et la compétitivité canadienne.
Pendant la Semaine du climat de Toronto, l’Institut pour le climat de BMO a réuni des leaders du gouvernement, des entreprises et des investisseurs pour explorer l’évolution de la finance durable dans la pratique. Nous avons également participé à des entretiens sur la façon dont les organisations composent avec les attentes réglementaires, le risque et la divulgation. Ce qui est ressorti des discussions est la preuve d’un changement : nous entrons dans une ère de pragmatisme, où les progrès dépendent de l’harmonisation de l’ambition climatique avec la technologie, des stratégies d’atténuation des risques et du rendement à long terme de l’organisation.
Pour le Canada, ce moment revêt une importance accrue. À mesure que du capital est déployé dans les infrastructures, les logements et les systèmes énergétiques, les choix faits aujourd’hui façonneront la compétitivité à long terme du pays dans une économie à faibles émissions de carbone.
Maturité de la finance durable
Tout au long de la discussion, un message est revenu : la finance durable arrive à maturité.
Nos clients font face à des pressions concurrentes, comme l’équilibre entre les engagements climatiques et les considérations liées aux coûts, l’évolution des signaux politiques et la nécessité d’obtenir des rendements financiers. Par conséquent, l’accent est de plus en plus mis sur des solutions qui sont non seulement à faibles émissions de carbone, mais aussi rentables, évolutives et conformes aux priorités d’affaires.
Afin de soutenir une plus grande intégration des stratégies de durabilité et des objectifs d’affaires, le domaine de la finance durable évolue. Par exemple, nous constatons une utilisation croissante de structures de financement mixte qui rassemblent les meilleures caractéristiques du capital public et privé, ou l’augmentation du nombre d’instruments de financement propres aux technologies propres, comme les crédits d’impôt pour l’énergie solaire.
Compétitivité du Canada dans un contexte mondial fragmenté
Le contexte mondial de la finance durable devient plus complexe.
Auparavant caractérisé par une approche internationale généralement cohérente, le marché de la finance durable d’aujourd’hui est inégal, façonné par les tensions géopolitiques, l’évolution des priorités politiques – qui sont parfois contradictoires – et les différentes trajectoires régionales. L’Europe continue de faire progresser la réglementation, la Chine va de l’avant en tant qu’électro-État de premier plan, tandis que les États-Unis présentent une situation plus contrastée.
Dans ce contexte, l’approche du Canada a été caractérisée par le pragmatisme et, de notre point de vue, la finance durable demeure étroitement liée aux objectifs économiques généraux du Canada. La capacité à déployer des capitaux dans des infrastructures, des systèmes énergétiques et des logements prêts pour l’avenir sera essentielle pour maintenir la compétitivité et attirer des investissements à long terme. Ces tendances économiques plus générales représentent également un thème d’investissement climatique – les technologies « dures », comme les énergies renouvelables, le stockage dans des batteries et les thermopompes, complétées par des logiciels avancés et l’intelligence artificielle, présentent une occasion unique pour le Canada de réduire les coûts de l’énergie, faire progresser l’équité sociale et rendre notre système énergétique plus vert.
La demande du marché et l’importance de s’adapter aux besoins des clients
L’un des thèmes clés que nous avons entendus, et qui est particulièrement pertinent pour nos clients, est l’importance de la demande du marché.
Dans plusieurs secteurs, la demande d’actifs et de produits à faibles émissions de carbone demeure inégale. Sur les marchés mondiaux de l’énergie, les énergies renouvelables et le stockage font régulièrement concurrence à d’autres formes de production d’énergie et reçoivent la majeure partie des investissements. Dans le secteur de l’immobilier, le développement d’actifs selon une norme de carboneutralité peut parfois coûter plus cher que l’alternative. Cela renforce un point essentiel : les progrès dépendent de la capacité de s’adapter aux besoins des clients.
À l’Institut pour le climat, nous voyons cela se produire dans l’ensemble des secteurs. Les organisations se concentrent de plus en plus sur la détermination de solutions qui répondent aux défis opérationnels immédiats, comme la volatilité des coûts énergétiques ou le risque physique, tout en réduisant les émissions. Dans bien des cas, nous constatons que les solutions qui intègrent les énergies renouvelables ou les améliorations de l’efficacité peuvent offrir des avantages économiques et climatiques, ce qui renforce l’analyse de rentabilité.
En effet, le plus récent sondage de l’Institut pour le climat de BMO auprès des chefs d’entreprise a révélé une confiance croissante que les mesures prises pour réduire les risques climatiques contribuent à changer les choses en matière de rendement des entreprises. Cette tendance a coïncidé avec le point de vue de certaines entreprises selon lequel la lutte contre les changements climatiques a une incidence commerciale positive sur leurs activités.
Traduire la stratégie climatique en rendement de l’organisation
Un autre point à retenir qui s’est clairement démarqué est que les considérations climatiques deviennent de plus en plus profondément intégrées à la façon dont les entreprises fonctionnent.
Plutôt que d’être traitée comme une initiative distincte, la stratégie climatique est de plus en plus intégrée à la planification des activités de base, à la gestion des risques et à la répartition du capital. Cela reflète une reconnaissance croissante du fait que l’action climatique peut soutenir la résilience, améliorer l’efficience et améliorer la valeur à long terme.
Cela correspond à ce que nous voyons de façon plus générale. Les chefs d’entreprise considèrent de plus en plus l’action climatique non seulement comme une responsabilité, mais aussi comme un facteur de compétitivité et de rendement.
Prochaines étapes
Pour les entreprises et les investisseurs canadiens, la voie à suivre sera façonnée par une prise de décision pragmatique et un accent plus marqué sur l’exécution. Les discussions de la Semaine du climat de Toronto ont renforcé le fait que même s’il reste des défis à relever, il y a également une occasion importante d’assortir le capital avec des résultats qui soutiennent à la fois la croissance économique et la transition vers un avenir à faibles émissions de carbone.