Un peu plus de 70 % de la surface de la Terre est recouverte d’eau, mais moins de 1 % de cette eau est considérée comme utilisable. Cette ressource précieuse subit des pressions croissantes en raison des pressions environnementales et de la demande croissante, un défi aggravé par le vieillissement des infrastructures et la mauvaise gestion des ressources.
Ces risques ont déjà une incidence sur les économies partout dans le monde, y compris sur la zone continentale des États-Unis. Une analyse de l’Institut pour le climat de BMO a montré qu’une sécheresse en 2030 pourrait coûter 1,4 milliard de dollars américains à la Californie et avoir une incidence sur divers secteurs, y compris l’agriculture, la fabrication, les technologies et d’autres secteurs qui dépendent d’un accès fiable à l’eau. Le rapport révèle qu’aux États-Unis seulement, environ 1 000 milliards de dollars américains seront nécessaires au cours des 25 prochaines années pour moderniser les infrastructures d’approvisionnement en eau.
Heureusement, des solutions au défi de l’eau font leur apparition, certaines présentant des occasions d’investissement intéressantes. Pour explorer cette question essentielle, j’ai animé une table ronde sur l’avenir de l’eau : les défis, les innovations et l’investissement, organisée par la Financial Women’s Association. La table ronde a examiné la façon dont l’innovation, les politiques et le capital convergent pour façonner l’avenir de l’eau.
Voici les autres personnes qui faisaient partie de la discussion :
Hedy Gutfreund, directrice principale, Impact mondial, KKR
Aleem Remtula, premier directeur général et chef, Capital-investissement et infrastructures, WaterEquity
Marc Robert, chef de l’exploitation, Water Asset Management
Investir dans des solutions
Certains des défis auxquels font face les entreprises dans l’ouest des États-Unis reflètent la façon dont la réglementation et les politiques peuvent entraîner des conséquences imprévues. Comme l’a souligné Marc Robert, de Water Asset Management, le système juridique de l’ouest des États-Unis incite les agriculteurs qui ont accès à l’eau à l’utiliser en totalité ou à risquer de la perdre. Cela a fait en sorte que certains agriculteurs utilisent 1 000 $ d’eau pour produire 200 $ de récoltes, a-t-il expliqué.
Il s’agit d’un problème qui peut être résolu et qui peut être influencé positivement par l’investissement, a-t-il dit. « Nous avons une communauté agricole bien intentionnée qui, dans différentes régions de l’ouest, cultive des cultures de faible valeur qui nécessitent beaucoup d’eau, a-t-il dit. L’ensemble de notre stratégie d’investissement consiste à travailler avec les agriculteurs pour changer cette pratique, en créant des incitatifs pour passer à des cultures ayant une productivité plus élevée et une moins grande consommation d’eau, ce qui permettrait d’accroître l’approvisionnement en eau pour la collectivité. »
La solution pourrait être aussi simple que de remplacer certaines de ces cultures par d’autres qui nécessitent moins d’eau et d’amener les consommateurs à réfléchir à la façon dont ils utilisent l’eau efficacement. « Nous croyons que la transparence quant à la valeur réelle de l’eau est la meilleure façon de s’assurer que les gens ne la gaspillent pas », a-t-il dit.
Même s’il existe des solutions technologiques, le simple fait de changer les comportements et les habitudes peut aider à atténuer la pression sur le système d’approvisionnement en eau. Par exemple, M. Robert a souligné que certaines des terres agricoles en question sont utilisées pour produire du foin à exporter en Asie et au Moyen-Orient afin de soutenir l’industrie laitière nationale.
« Il faudrait très peu de changements pour remplacer une partie de ce produit par d’autres cultures ou passer à une utilisation plus variable de ces cultures pour créer un important approvisionnement en eau qui pourrait être utilisé pour l’ouest, a-t-il dit. Nous sommes donc très optimistes. »
L’eau et la révolution de l’intelligence artificielle
On ne saurait trop insister sur l’importance de l’eau pour l’économie mondiale. Aleem Remtula, de WaterEquity, a déclaré qu’environ 60 % du PIB mondial dépend de l’eau d’une certaine façon. Cette dépendance comprend l’expansion rapide de l’intelligence artificielle (IA), car bon nombre des centres de données qui constituent l’épine dorsale de cette technologie utilisent de l’eau pour refroidir leurs serveurs.
À l’heure actuelle, il y a un décalage important entre l’ampleur de l’investissement dans l’IA et dans l’eau, explique-t-il. « Collectivement, nous investissons des centaines de milliards de dollars dans des secteurs dépendants de l’eau, mais seulement des centaines de millions de dollars dans les infrastructures d’approvisionnement en eau qui fourniront cette ressource », a-t-il dit.
Le capital-investissement du marché intermédiaire et le défi de l’eau
Hedy Gutfreund, de KKR, a constaté un afflux d’intérêt pour le secteur, soulignant que l’eau capte clairement l’attention des investisseurs, qu’il s’agisse d’investir dans les défis liés à l’eau dans les domaines des eaux usées et de la qualité de l’eau ou de réduire la consommation d’eau dans des domaines comme les centres de données. Malgré tout, les investisseurs veulent être récompensés pour le risque qu’ils prennent. « Le capital va là où il est le mieux traité », a souligné M. Robert.
Du point de vue du capital-investissement du marché intermédiaire, des sociétés comme KKR, en particulier dans le cadre de la stratégie d’impact mondial de KKR, cherchent des occasions de faire croître des entreprises de grande qualité qui résolvent d’importants défis mondiaux.
Plus précisément, KKR a investi contre la pollution par les nutriments. Ce type de pollution peut mener à une eau toxique qui est inutilisable pour la consommation, l’irrigation ou les loisirs. « C’est un problème de taille, car environ 44 % des rivières et des ruisseaux, 50 % de la superficie des lacs, 17 % des eaux côtières et 23 % des eaux littorales des Grands Lacs présentent un excès de nutriments, ce qui peut causer des problèmes de qualité de l’eau », a déclaré Mme Gutfreund.
Pour résoudre ce problème, KKR a conçu une plateforme appelée Axius Water qui réunit des marques de premier plan en matière de gestion des nutriments. La stratégie d’impact mondial de KKR a investi dans Axius aux côtés de XPV Water Partners et est axée sur la résolution d’importants défis liés à la qualité de l’eau.
La stratégie d’impact mondial de KKR a également investi dans CoolIT Systems, un fournisseur de système de refroidissement liquide pour les centres de données. La technologie exclusive de CoolIT fournit du fluide de refroidissement directement aux composantes à haute puissance, comme les processeurs centraux et les processeurs graphiques, ce qui permet une plus grande densité dans les centres de données et réduit la consommation d’eau. Mme Gutfreund a souligné qu’à la fin de 2024, les produits CoolIT avaient déjà fait économiser un milliard de kilowattheures d’énergie aux clients et permettent d’économiser de l’eau en plus de réaliser ces économies d’énergie.
Réalités de l’investissement
Bien que la technologie continue de progresser pour améliorer l’accès à l’eau, l’abordabilité demeure un facteur important. « Vous pouvez avoir une excellente technologie, mais si elle n’est pas accessible et que les gens n’en ont pas les moyens, elle n’aide en rien », a déclaré M. Remtula, et c’est pourquoi il a mis l’accent sur l’examen des occasions du point de vue de l’abordabilité et de l’accès.
Les systèmes coûteux ont peut-être encore un rôle à jouer, mais seulement lorsque les facteurs économiques le justifient. Les collectivités devront probablement continuer à diversifier leur approvisionnement en eau, notamment en utilisant de l’eau agricole, de l’eau dessalée et des eaux usées recyclées.
