L’intelligence artificielle (IA) transforme les secteurs à un rythme sans précédent en offrant de nouvelles façons d’optimiser les opérations, d’améliorer la prise de décision et de réaliser des gains d’efficacité. Mais au-delà de son rôle en matière de productivité, l’IA possède un immense potentiel pour accélérer l’atteinte des objectifs de durabilité, une priorité essentielle pour les organisations qui doivent composer avec la transition énergétique et le risque climatique.


Dans le plus récent épisode du balado Sustainability Leaders, Melissa Fifield, chef, Institut pour le climat de BMO, s’est entretenue avec Kristin Milchanowski, chef de l’intelligence artificielle et des données de BMO, pour explorer la façon dont l’IA peut devenir une pierre angulaire des stratégies de durabilité des entreprises. Leur entretien portait sur les applications pratiques, les considérations éthiques et les étapes à suivre pour intégrer l’IA aux cadres de durabilité des entreprises.


Écoutez l’épisode (en anglais seulement) :


Vous trouverez ci-dessous les points saillants de leur discussion :


Melissa Fifield : Qu’est-ce qui vous a mené à faire carrière dans le domaine de l’IA, et pourquoi votre poste englobe-t-il l’IA et les données en particulier?

Kristin Milchanowski :Mon parcours vers l’IA a commencé au croisement des mathématiques, des mathématiques quantitatives et même d’une variante de la science quantique. Au début de ma carrière, j’ai vu que les données n’étaient pas seulement un sous-produit des affaires, mais aussi la matière première pour prendre de meilleures décisions. L’intelligence artificielle est ensuite devenue un prolongement naturel de cette réalisation. Aujourd’hui, en tant que chef de l’intelligence artificielle et des données de BMO, mon mandat couvre ces deux aspects, car l’un ne va pas sans l’autre.


Melissa Fifield : À mesure que l’IA devient un élément central des stratégies d’affaires, pourquoi est-il tout aussi important de l’intégrer à la planification de la durabilité selon vous?

Kristin Milchanowski : L’IA n’est pas seulement un outil d’amélioration de l’efficacité, elle est aussi un catalyseur de la responsabilité. À mesure que les entreprises intègrent l’IA à leur tissu stratégique, je considère qu’il est vraiment essentiel de l’inclure dans la planification de la durabilité. En effet, ces mêmes algorithmes qui peuvent optimiser la croissance peuvent également optimiser la réduction du carbone, la circularité et les répercussions sociales.


Melissa Fifield : Quels exemples inspirants voyez-vous d’utilisations de l’IA pour produire des résultats plus durables en particulier?

Kristin Milchanowski : L’un de mes meilleurs amis est propriétaire de l’un des plus grands champs de coton du sud du Texas. En agriculture, la vision informatique aide les agriculteurs à utiliser 40 % moins d’eau tout en augmentant la production. On voit donc une différence mesurable. Ainsi, en plus de préserver nos précieuses réserves d’eau, les agriculteurs sont aussi en mesure d’augmenter leurs rendements. Ces gains en matière de rendement leur permettent ensuite de subvenir aux besoins de leur famille puisqu’ils peuvent ramener plus d’argent à la maison.

L’entretien prédictif est un autre domaine dans l’ensemble des entreprises d’équipement industriel où nous constatons une réduction des émissions pouvant atteindre 20 % en favorisant l’entretien prédictif grâce à l’IA.


Melissa Fifield : Comment l’IA peut-elle aider les organisations à repérer les sources de données pertinentes, à gérer leurs données efficacement et à communiquer avec les parties prenantes en temps opportun et avec exactitude?

Kristin Milchanowski : Je crois que le plus grand obstacle au progrès est l’information... Il n’est plus nécessaire d’avoir un environnement de données parfait, alors vous pouvez utiliser l’IA pour prédire les signaux de données les plus importants pour votre organisation. Vous pouvez ensuite automatiser l’intégration de ces données dans les tableaux de bord de durabilité afin de transformer les données brutes en renseignements décisionnels dans le but d’offrir une visibilité en temps réel ou quasi réel aux conseils d’administration, aux investisseurs et aux organismes de réglementation, au lieu de rapports rétrospectifs.


Melissa Fifield : Selon vous, quel rôle l’IA joue-t-elle dans l’optimisation de la logistique de la chaîne d’approvisionnement?

Kristin Milchanowski : Les chaînes d’approvisionnement sont à la fois un risque et une zone d’opportunité, de sorte que l’IA peut optimiser de façon dynamique les itinéraires, prévoir les hausses de la demande et repérer les fournisseurs dont les émissions sont moins élevées ou dont l’intensité des émissions est plus faible. Au-delà de la logistique, l’IA générative peut simuler des scénarios relatifs à la chaîne d’approvisionnement pour trouver les circuits aux émissions de carbone les plus faibles qui respectent toujours les niveaux de service, ce qui, selon moi, est un équilibre très important.


Melissa Fifield : Quels sont les principaux défis liés à l’intégration de l’IA dans les cadres de durabilité existants?

Kristin Milchanowski : Le principal défi n’est pas technique, mais plutôt structurel ou organisationnel. De nombreux cadres de durabilité ont été conçus avant l’arrivée de ce mouvement sophistiqué de l’IA générative et se concentrent sur les mesures statiques et les déclarations annuelles, tandis que l’IA repose sur des boucles de rétroaction.


Melissa Fifield : Quelles considérations éthiques les leaders de l’industrie doivent-ils garder à l’esprit?

Kristin Milchanowski : L’innovation sans empathie ne vaut rien. L’IA doit être conçue sur une fondation de transparence, de traçabilité et de confiance. Lorsqu’elle est appliquée à la durabilité, l’utilisation éthique de l’IA consiste à s’assurer que les modèles ne se contentent pas de réduire les émissions de carbone, mais respectent également l’équité, la confidentialité et l’inclusion.


Melissa Fifield : Je sais que vous suivez l’évolution de la productivité aux États-Unis et au Canada. Quels avantages particuliers constatez-vous au Canada en ce qui concerne le sujet de notre conversation d’aujourd’hui?

Kristin Milchanowski : Le Canada dispose d’investissements de calibre mondial dans la recherche et les entreprises en démarrage, mais le défi consiste maintenant à les traduire en une adoption à grande échelle dans l’ensemble du secteur, en particulier dans les services financiers, les marchés des capitaux, les chaînes d’approvisionnement et les cadres de durabilité. C’est exactement pourquoi des organisations comme la nôtre existent : pour aider à faire le pont entre la recherche et la valeur concrète pour l’organisation.