La construction d’un projet d’élimination du carbone à l’échelle commerciale demande beaucoup de capitaux. Comme pour l’achat d’une maison ou d’une voiture, la plupart des promoteurs n’ont pas suffisamment de capital pour couvrir l’ensemble des frais de construction. Ils s’appuient sur le financement : les financiers fournissent le capital initial nécessaire pour acheter l’équipement, construire des installations et mettre des projets en ligne, en s’attendant à obtenir un rendement sur le capital alloué. Le rendement dépend du type de capital et du niveau de risque associé au projet. 

 

Les capitaux propres, où un financier fournit du capital en échange d’une participation partielle dans l’actionnariat d’un projet, est souvent le type de capital utilisé dans les premières étapes du développement d’une nouvelle technologie, mais elle peut être plus coûteuse. Les financiers s’attendent à un rendement plus élevé sur leur investissement, reflétant le niveau de risque plus élevé. À mesure que les technologies d’élimination du carbone évoluent, pour se développer commercialement, elles doivent accéder à des sources de capital moins coûteuses sous forme de dettes, où un prêteur fournit un prêt à rembourser au fil du temps grâce aux revenus futurs du projet. 

 

Mais avant d’accorder du financement, un prêteur doit avoir la certitude que le projet est susceptible d'être financé. 

 

Un projet finançable est un projet où un prêteur considère que les flux de trésorerie futurs sont suffisamment solides et que les risques associés à la réalisation de ces flux de trésorerie futurs sont suffisamment gérables pour justifier la fourniture de capital. En d’autres mots, la question que se posent les prêteurs est simple : quelles sont les chances de récupérer nos fonds? 

 

Dans le cas des projets d’élimination du carbone, il est parfois difficile de satisfaire les critères pour être finançable. De nombreux projets impliquent des technologies innovantes, s’appuient sur des cadres de politiques de soutien en constante évolution et fonctionnent dans un marché encore en développement. Il est essentiel de comprendre et de gérer ces risques pour les projets qui cherchent à atteindre une décision finale d’investissement. Ci-dessous sont mentionnés des points de vue sur l’état du financement de projets d’élimination du carbone et ne sont pas des critères de financement propres à BMO. 

 


Prouver que la technologie est capable de produire les résultats escomptés


De nombreux projets d’élimination du carbone en cours d’élaboration reposent sur des technologies qui sont déployées pour la première fois dans des environnements réels. Bien que les résultats en laboratoire et les projets pilotes puissent démontrer un potentiel technique, les prêteurs doivent avoir l’assurance que la technologie fonctionnera de manière fiable à l’échelle commerciale. 

 

Souvent l’expansion à plus grande échelle révèle des défis qu’il est impossible de prévoir complètement en laboratoire, ceci crée de l’incertitude. Un projet peut sembler prometteur sur papier, mais la question clé est de savoir s’il peut fournir de façon constante le volume attendu d’élimination du carbone pendant toute sa durée de vie. 

 

Les développeurs peuvent réduire le risque technologique en faisant la démonstration de leur technologie dans des environnements de plus en plus représentatifs et à des échelles de plus en plus grandes. Certains développeurs adoptent une stratégie pour rechercher du financement étape par étape à mesure que leurs projets prennent de l’expansion. Chaque déploiement réussi donne confiance dans la capacité de la technologie à répondre aux attentes et améliore la capacité du projet à attirer du financement supplémentaire. 

 


Convertir le potentiel des politiques de soutien en certitudes économiques


Les politiques gouvernementales peuvent jouer un rôle important dans l’aspect économique de nombreux projets d’élimination du carbone. Les incitatifs, la réglementation et les marchés du carbone peuvent avoir une incidence importante tant sur les coûts du projet que sur les revenus attendus. 

 

Toutefois, les prêteurs qui évaluent les projets sur plusieurs décennies doivent avoir confiance que le contexte politique sous-jacent demeurera suffisamment stable. 

 

L’incertitude politique ne rend pas nécessairement impossible le financement de projets, mais elle peut augmenter le risque perçu. Si les revenus ou les coûts futurs dépendent fortement de politiques susceptibles de changer, les prêteurs ont moins de certitude quant à la capacité d’un projet à générer un flux de trésorerie suffisant pour rembourser le financement. 

 

Les promoteurs peuvent renforcer la rentabilité économique de leur projet en réduisant leur dépendance sur une seule source de revenus. Cela peut comprendre l’accès à des incitatifs gouvernementaux là où ils existent, la signature d’accords d’enlèvement à long terme et le développement de sources de revenus supplémentaires non liées aux crédits de carbone. 

 


L’importance des accords d'enlèvement finançables


Les engagements d’achat anticipés, lors desquels les gouvernements ou les entreprises s’engagent à l’avance à l’achat de crédits d’élimination du carbone qui seront remis à l’avenir, ont été essentiels pour permettre les premiers projets d’élimination du carbone. 

 

Toutefois, s’engager à acheter des crédits futurs n’est pas la même chose qu’un revenu garanti. Avant d’accorder du financement, les prêteurs doivent comprendre la fiabilité de ces revenus futurs et s’ils seront suffisants pour rembourser le prêt. 

 

Lorsqu’ils évaluent les accords d’enlèvement, les prêteurs tiennent habituellement compte de plusieurs facteurs, notamment :


  • Prix et volume : Quel pourcentage des flux de trésorerie projetés – fonction du prix et du volume – utilisés pour l’approbation du prêt, est garanti par l’accord? 

  • Durée : La durée de l’accord correspond-elle à la période de remboursement du prêt? 

  • Solvabilité de l’acheteur : L’acheteur a-t-il la capacité financière de respecter l’engagement pendant la durée de l’accord? 

  • Risque de mise en œuvre : Y a-t-il un risque lié à la livraison ou à la création des crédits de carbone dans l’accord?  

 

Dans le marché actuel, les accords d’enlèvement sont souvent le fondement de la structure financière d’un projet d’élimination du carbone. La structuration de ces ententes en tenant compte des besoins de financement sera essentielle à mesure que le secteur passe d’engagements précoces à un déploiement à l’échelle commerciale. 

 


Pourquoi le financement demeure difficile


Malgré la prise de conscience croissante que des technologies éprouvées, déployables à grande échelle seront nécessaires pour éliminer le dioxyde de carbone de l’atmosphère, obtenir du financement pour des projets demeure un défi. L’une des raisons est simple : le secteur est encore jeune. 

 

Contrairement aux industries bien établies qui comptent des décennies d’exploitation, disposent de contrats normalisés et de modèles de projet éprouvés, les projets d’élimination du carbone sont souvent évalués individuellement. Chaque nouveau projet exige que les prêteurs évaluent à partir de zéro des technologies, des modèles de revenus et des profils de risque uniques. Cela augmente le temps, la complexité et le coût du financement. 

 

L’incertitude des politiques de soutien constitue un autre obstacle important. Les investisseurs et les prêteurs apprécient la prévisibilité, car ils doivent prévoir le rendement des projets sur de longs horizons. Lorsque les incitatifs, la réglementation ou les règles du marché sont incertains, les modèles d’affaires deviennent moins fiables, ce qui augmente le risque perçu et réduit les rendements ajustés au risque, ceci peut rendre le financement de ces projets moins rentable. 

 


Ce que les développeurs peuvent faire aujourd’hui


Bien que le financement de projets d’élimination du carbone au stade précoce demeure un défi, les promoteurs peuvent prendre plusieurs mesures pour améliorer leur capacité à obtenir du capital : 

 

  • Réduire le risque technologique en déployant des projets dans des environnements qui reflètent mieux les opérations à l’échelle commerciale et qui démontrent la performance au fil du temps et par étapes. 

  • Élaborer des modèles d’affaires résilients en diversifiant les flux de revenus, en combinant les incitatifs publics avec la demande privée et en développant des sources de valeur supplémentaires au-delà des crédits de carbone. 

  • Structurer les accords d’enlèvement en gardant le financement à l’esprit en veillant à ce que les engagements offrent une certitude suffisante sur les revenus grâce à une couverture contractuelle adéquate des flux de trésorerie projetés et à une solide solvabilité de l’acheteur. 

 

Satisfaire aux critères de financement consiste ultimement à donner confiance qu’une technologie fonctionnera comme prévu, que les revenus se concrétiseront et que les risques sont compris et gérables. À mesure que l’industrie de l’élimination du carbone évolue, les projets qui peuvent démontrer cette confiance seront les mieux placés pour passer de concepts ambitieux à des réalités financées à l’échelle commerciale.