Entrepreneur transformateur dans le secteur minier et force motrice de certaines des découvertes liées aux minéraux les plus importantes du monde, Robert Friedland sait mieux que quiconque comment composer avec les cycles du marché, cerner les risques et trouver des occasions.


Lors du discours « The Dawn of the Copper Age » (en anglais seulement) prononcé à l’occasion de la 35e conférence annuelle de BMO sur le secteur des mines, des métaux et des minéraux critique, le fondateur et coprésident exécutif d’Ivanhoe Corp., a cerné des risques qui pourraient nuire à la recherche d’occasions économiques à l’horizon.


L’essor des centres de données, de l’intelligence artificielle et de la réindustrialisation a créé une demande importante de minéraux critiques et de métaux industriels essentiels comme le cuivre. Des tensions géopolitiques pourraient nuire à la capacité du secteur à répondre à la demande croissante. Si l’on combine ces enjeux à des problèmes structurels liés à la façon dont les mines sont approuvées, financées et développées, l’offre pourrait être encore plus restreinte.


Voici des points saillants de son discours.


La révolution de l’IA utilise le cuivre


Même si les besoins en cuivre ne cessent d’augmenter depuis des années, l’émergence de l’IA générative et l’expansion rapide des centres de données ont porté la demande à un autre niveau. Un centre de données de 500 mégawatts exigerait beaucoup de cuivre ainsi que d’autres matériaux de terres rares et métaux critiques comme le baryum, l’antimoine, le titane, l’indium, l’argent, le tungstène, l’or, le gallium et le palladium.


En combinaison avec la défense et d’autres besoins, M. Friedland a déclaré que le monde devait ajouter de nombreuses nouvelles mines de cuivre de premier ordre chaque année pour répondre à la demande mondiale, en particulier pour soutenir l’électrification, les centres de données et la revitalisation du réseau. « Le déficit est réel.


Pour mettre les choses en contexte, la quantité de cuivre nécessaire au cours des 18 prochaines années pour répondre à la demande prévue est égale à tout le cuivre qui a été exploité jusqu’à présent – environ 700 millions de tonnes métriques. », indique M. Friedland.


La chaîne d’approvisionnement en minéraux critiques est à risque


Pendant que l’industrie cherche à déterminer où l’économie mondiale pourra se procurer les métaux et les minéraux critiques nécessaires, l’on s’inquiète de plus en plus que les chaînes d’approvisionnement soient vulnérables aux tensions géopolitiques et exigent une diversification.


Aujourd’hui, la chaîne d’approvisionnement des minéraux critiques est concentrée en Chine. « Sans ces métaux, nous n’avons pas d’économie. Aux quatre coins du monde, l’on reconnaît de plus en plus la nécessité d’avoir des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques qui sont fiables et diversifiées à l’échelle mondiale », ajoute M. Friedland.


Il a souligné l’alliage aluminium-scandium. Non seulement ce matériau est un candidat de premier plan pour les microplaquettes de mémoire de prochaine génération, mais il est également prometteur pour l’avenir des communications sans fil 6G, de la défense et de l’impression 3D. « Je ne saurais trop insister sur l’importance cruciale de ces métaux. », a-t-il déclaré.


Renforcement de la résilience de la chaîne d’approvisionnement


Des pays comme la Chine ont acquis un rôle dominant dans la chaîne d’approvisionnement mondiale en partie en raison de la façon dont ils approuvent et soutiennent les nouvelles mines. « Si une société chinoise veut construire une mine, elle demande simplement du financement au gouvernement. », a indiqué M. Friedland.


Les États-Unis veulent leur emboîter le pas. M. Friedland a applaudi la décision prise plus tôt cette année par l’Export-Import Bank des États-Unis de lancer le « projet Vault », un plan de 12 milliards de dollars visant à accumuler 60 minéraux critiques pour assurer la sécurité économique et renforcer la résilience industrielle pendant les perturbations de la chaîne d’approvisionnement.


Ajout de l’énergie géothermique au panier d’énergie


L’accès aux métaux et aux minéraux critiques est important pour une autre raison : la production d’électricité. « Selon certains scénarios, les centres de données et d’autres technologies pourraient utiliser jusqu’à 1 000 térawattheures d’électricité d’ici la fin de l’année, soit l’équivalent de la consommation totale du Japon. », a affirmé M. Friedland.


Selon M. Friedland, la production d’électricité est un autre domaine dans lequel les pays développés tirent de l’arrière : il observe que la mise en service d’une nouvelle centrale électrique peut prendre jusqu’à une décennie.


À son avis, la solution au problème de l’électricité aux États-Unis réside dans la géothermie. Il a expliqué que, même si le pays compte plus de ressources géothermiques inexploitées que tout autre pays, il génère moins de 1 % de son électricité à partir de centrales géothermiques.


Les États-Unis ont de la difficulté à obtenir plus d’énergie géothermique en raison des coûts et de la difficulté à forer dans des roches dures et profondes à grande échelle. Les foreuses mécaniques traditionnelles s’usent rapidement, ce qui rend ces projets non rentables. Une autre société de M. Friedland, G-Pulse, une société du I-Pulse Group, met au point une technologie de forage hybride à puissance pulsée qui combine le forage rotatif traditionnel avec des impulsions électriques à très haute tension pour fracturer la roche dure, comme le granite, plus rapide et moins cher.


Gestion des risques pour la sécurité et la croissance


Le principal point à retenir du discours de M. Friedland est que le manque d’approvisionnement en métaux et en électricité peut présenter des risques pour les modes de vie modernes. Il a rappelé à l’auditoire qu’il reste des contraintes physiques quant à l’avenir qui ne peuvent être ignorées ni résolues avec la facilité d’utilisation d’une imprimante 3D. « On ne peut pas imprimer de mines. On ne peut pas imprimer de vraies choses », ajoute-t-il.