Ceci est le premier article d’une nouvelle série de l’Institut pour le climat de BMO qui examine l’intersection de l’énergie, du climat et de l’économie. Cet article explore la façon dont le conflit impliquant l’Iran a exposé les vulnérabilités structurelles du système énergétique mondial et la façon dont l’énergie propre peut contribuer à diversifier la composition énergétique, à réduire l’incertitude et à accroître la résilience.
Un système exposé, mais non une crise créée
Le conflit en Iran n’a pas créé l’insécurité énergétique actuelle.
En menaçant les flux dans le détroit d’Hormuz, le conflit a une fois de plus démontré à quel point l’économie mondiale dépend d’un ensemble restreint de routes de transit. Près du quart du commerce pétrolier maritime et du cinquième des volumes mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL) dépendent du détroit, de sorte que les perturbations ont des répercussions économiques démesurées.
Les flambées des prix, les libérations d’urgence de réserves stratégiques de pétrole et les diminutions de production des exportateurs du Golfe qui n’ont pas accès à d’autres routes ont suivi une tendance familière : la stabilisation à court terme grâce à la souplesse des combustibles fossiles parallèlement à l’incertitude à long terme.
Cette dynamique sous-tend un risque structurel persistant. Dans un système où l’offre d’énergie est à forte intensité de capital, concentrée sur le plan géographique et exposée au levier géopolitique, la volatilité n’est pas une exception.
Les avantages et les limites des énergies renouvelables
Les pays dans lesquels la production d’électricité intérieure et non fossile est plus élevée ont été davantage à l’abri des récentes turbulences des prix. Les systèmes d’énergie éolienne, solaire, hydroélectrique et nucléaire dépendent des ressources locales et des infrastructures à coûts fixes plutôt que des combustibles négociés à l’échelle mondiale, ce qui réduit l’exposition directe aux fluctuations du marché des produits de base.
Cette tendance est visible dans plusieurs économies. En Norvège, où l’hydroélectricité fournit la grande majorité de l’électricité, la volatilité des prix de l’électricité a été nettement moindre que dans les autres pays européens dépendants du gaz, même si ce pays est profondément intégré aux marchés régionaux. Le Canada, dont le système électrique est dominé par l’hydroélectricité et la l’énergie nucléaire, a également affiché des prix de l’électricité relativement stables, même lorsque les prix mondiaux du pétrole ont bondi.
Aux États-Unis, les résultats ont varié selon la région : les États où la pénétration de l’énergie éolienne et solaire est plus élevée et où la dépendance aux prix marginaux de la production d’électricité est limitée ont enregistré des prix de l’électricité plus stables que les régions plus exposées au gaz.
Cette protection demeure toutefois inégale. Même les pays où la pénétration des énergies renouvelables est élevée peuvent connaître de la volatilité lorsque les centrales au gaz continuent d’établir des prix marginaux. De plus, le pétrole demeure profondément intégré au transport, aux engrais, aux produits pétrochimiques et à de nombreux processus industriels qui ne sont pas faciles à électrifier. Par conséquent, les chocs énergétiques continuent de se traduire par une inflation généralisée et une hausse des coûts de consommation.
Cela ne signifie pas que les énergies renouvelables sont moins performantes, mais que l’avantage en matière de résilience dépend de la conception du système. Sans investissement parallèle dans les réseaux, le stockage, l’électrification et la réduction de la demande, le déploiement des énergies renouvelables à lui seul ne peut pas réduire entièrement l’exposition aux chocs géopolitiques liés aux combustibles.
La transition énergétique en tant que politique de sécurité
Comme dans la foulée de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le conflit en Iran accélère un changement subtil, mais important, dans l’élaboration des politiques. La transition énergétique est de moins en moins considérée comme un exercice climatique et davantage comme une question de souveraineté, de stabilité macroéconomique et de sécurité nationale.
Cette redéfinition est maintenant explicite dans les signaux politiques de plusieurs gouvernements. L’Union européenne et plusieurs États membres ont associé l’accélération du déploiement des énergies renouvelables, l’expansion du réseau et les mandats d’efficacité énergétique à la réduction de la dépendance aux combustibles importés. Le Japon et la Corée du Sud ont mis l’accent sur les investissements dans l’énergie propre, les redémarrages nucléaires et les stratégies liées à l’hydrogène comme outils pour renforcer la sécurité énergétique dans un contexte géopolitique volatil. Aux États-Unis, les récentes mesures fédérales présentent de plus en plus les investissements nationaux dans l’énergie propre comme un moyen d’améliorer la résilience de la chaîne d’approvisionnement et la compétitivité stratégique, en plus de réduire les émissions.
En même temps, la sécurité implique des compromis. L’accent accru mis sur les chaînes d’approvisionnement nationales peut faire augmenter les coûts et ralentir la diffusion. Les pays dont la marge de manœuvre budgétaire est limitée pourraient faire face à une hausse des prix et à un rationnement plutôt qu’à une résilience axée sur l’investissement. Le risque est une transition qui progresse de façon inégale dans l’ensemble des économies.
Perturbation à court terme, signal à long terme
À court terme, le conflit augmente les émissions en raison de l’activité militaire, des dommages aux infrastructures et de l’utilisation urgente de combustibles fossiles. Dans certaines régions du monde, l’attention politique et le capital sont détournés du financement climatique en faveur de la gestion de crise.
À long terme, cependant, le signal est plus clair. Le système énergétique mondial profite de la diversification et de l’inclusion d’un plus grand nombre de sources d’énergie renouvelable. Cette reconnaissance oriente déjà la planification à long terme, en particulier en Europe et dans certaines régions de l’Asie, en vue d’une électrification plus rapide, d’une plus grande dépendance aux ressources énergétiques nationales et des réserves stratégiques qui vont au-delà du pétrole.
En résumé
Le conflit en Iran renforce les réalités interreliées. L’expansion de l’énergie propre produite à l’échelle nationale peut renforcer la résilience à la volatilité géopolitique et économique, en particulier lorsqu’elle est déployée dans le cadre d’un système intégré.
La sécurité énergétique, les résultats climatiques et la résilience de la chaîne d’approvisionnement ne sont plus des domaines de politique distincts. Le prochain défi consiste à s’assurer que les efforts visant à réduire une forme de dépendance ne se limitent pas à en remplacer une autre et que la résilience devienne un principe de conception déterminant de la transition énergétique elle-même.
Tant pour les sociétés que les investisseurs, le conflit en Iran renforce le fait que les choix énergétiques sont maintenant des décisions liées au bilan : ceux qui sont liés à des systèmes nationaux résilients sont mieux positionnés pour gérer la volatilité, protéger les marges et déployer du capital en cas de chocs futurs.