Les politiques énergétiques, la sécurité nationale, la résilience et la croissance économique ont souvent été traitées comme des priorités distinctes en matière de politique et d’investissement. Récemment, elles ont convergé.  


La hausse de la demande d’électricité, la fragmentation géopolitique et les perturbations météorologiques extrêmes de plus en plus coûteuses exercent de nouvelles pressions sur les systèmes énergétiques et créent un argument plus solide et plus urgent en faveur d’investissements dans des chaînes d’approvisionnement et des infrastructures sûres et résilientes. 


L’accent croissant mis sur la défense et la sécurité n’empêche pas les investissements dans l’énergie propre et les infrastructures durables. Au contraire, cela peut accélérer les investissements dans des domaines qui sont essentiels à la compétitivité économique : la production d’énergie au pays, la résilience du réseau, les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, la fabrication de pointe, la résilience au risque climatique physique et l’innovation technologique énergétique. Par le passé, les investissements liés à la sécurité ont soutenu des technologies essentielles, y compris le GPS, l’Internet et les circuits intégrés. Une tendance emballante semblable émerge maintenant dans les domaines de l’énergie, des infrastructures et de la politique industrielle. Des occasions se présentent là où ces priorités se renforcent les unes les autres.  


Un portrait macroéconomique dynamique


Les données d’un graphique sont superposées à une perspective en plongée d’un immeuble de bureaux et d’un arbre vert.

Lors des rassemblements et des conversations de la Semaine du climat de New York cette année, il était clair que cette convergence n’est plus théorique. La transition énergétique continue de progresser grâce à un déploiement et à des investissements à grande échelle. L’énergie renouvelable était déjà à l’origine de la grande majorité des nouveaux ajouts de capacité énergétique mondiale en 2024, et les investissements dans l’énergie propre ont largement dépassé les investissements dans les combustibles fossiles. De nombreux entretiens entre les chefs d’entreprise témoignent de la confiance dans la façon dont les mesures climatiques renforcent la compétitivité et le rendement. 


Par ailleurs, les perspectives mondiales rencontrent à la fois un obstacle majeur et un facteur favorable : un conflit géopolitique et des investissements importants dans l’IA, respectivement. Les conflits au Moyen-Orient et ailleurs ont exposé les risques d’un approvisionnement énergétique concentré et interdépendant.  


Les participants à la Semaine du climat ont également souligné que la croissance rapide de l’IA présente à la fois des défis et des occasions pour les systèmes énergétiques. La demande d’électricité des centres de données augmente fortement, ce qui exerce une pression supplémentaire sur les réseaux et la capacité de production. En même temps, l’IA a le potentiel d’améliorer l’efficacité des systèmes énergétiques, d’optimiser les infrastructures, de réduire les coûts et de soutenir la réduction des émissions.  


L’Amérique du Nord entre dans cette période de volatilité avec des avantages importants. Le Canada et les États-Unis possèdent des ressources énergétiques abondantes et diversifiées, des réserves de minéraux critiques, des réseaux intégrés d’électricité et de gaz naturel, des marchés de capitaux liquides, une capacité de fabrication de pointe et des écosystèmes d’innovation de premier plan. Ces forces créent une occasion d’améliorer la sécurité énergétique et la compétitivité économique tout en faisant progresser des sources d’énergie novatrices plus propres. Le défi consiste à diriger le capital vers des actifs et des technologies qui renforcent la résilience sans perdre de vue l’abordabilité et la croissance à long terme. 


Réactions des entreprises à l’évolution des priorités et des alliances du gouvernement


Nous avons remarqué qu’une discussion semblable a eu lieu cette année lors des rassemblements de la Semaine du climat à New York, ainsi qu’à San Francisco, à Chicago, à Toronto et à d’autres endroits : l’importance de traduire les objectifs de durabilité en résultats d’affaires. Alors que la résilience devient une priorité stratégique, les équipes de durabilité servent de plus en plus d’intermédiaires entre les fonctions financières, opérationnelles, technologiques, de gestion des risques et stratégiques. Les organisations qui peuvent coordonner ces aspects sont souvent mieux placées pour repérer les occasions d’investissement, gérer les risques émergents et mobiliser du capital pour des projets qui soutiennent à la fois la résilience et la croissance. 


La résilience, dans son sens large, devient une occasion pour les entreprises de s’harmoniser à une vague de dépenses massives des gouvernements et du secteur privé. À mesure que les gouvernements se concentrent sur l’indépendance économique et énergétique, les sociétés peuvent tirer parti des ressources de plus en plus disponibles pour diversifier leurs sources et leurs fournisseurs d’énergie, tout en soutenant l’industrie nationale. 


Au Canada, les entreprises qui s’alignent sur les priorités du gouvernement, comme les partenariats avec les peuples et les communautés autochtones sur les projets énergétiques et miniers, pourraient tirer parti de délais d’approbation plus courts de la part du Bureau des grands projets du gouvernement fédéral. Le gouvernement canadien s’engageant à verser plus de 81 milliards de dollars canadiens en financement supplémentaire pour la défense au cours des cinq prochaines années, et le Canada étant choisi pour accueillir la Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience (« Banque DSR »), des sociétés qui exercent leurs activités dans des secteurs liés à la sécurité, y compris les minéraux critiques, la cybersécurité et le renforcement des infrastructures, pourraient profiter de cet afflux d’investissements.  


Aux États-Unis, le département de l’Énergie a émis des dizaines de milliards de dollars en prêts et en garanties pour l’extraction, la transformation et la fabrication de minéraux critiques. Les changements de politique ont également élargi les occasions pour les entreprises dans divers secteurs énergétiques diversifiés, y compris le nucléaire, la modernisation du réseau, la géothermie et le stockage dans des batteries. La production de gaz naturel augmente parallèlement à la demande de centres de données, mais des énergies renouvelables moins chères et plus rapides à construire seront essentielles pour maintenir le soutien public et demeurer concurrentiel dans le contexte mondial de l’IA. Par exemple, l’énergie solaire génère toujours près de 40 % des dépenses liées à la production d’électricité, malgré un ralentissement relatif de la demande.  


Une relation en constante évolution entre la défense et les résultats durables


Par le passé, la défense a été en grande partie exclue des mandats de finance durable et d’investissement responsable en raison de préoccupations éthiques et du risque pour la vie humaine. Ces mandats peuvent exclure l’exposition aux dépenses militaires et de défense. Cependant, le marché réexamine les principes d’investissement durable à la lumière de l’augmentation des dépenses publiques dans la défense. Certains investisseurs ont indiqué leur volonté d’explorer le concept de principes d’investissement responsable en matière de défense. 


Comme la défense est de plus en plus redéfinie en tant que sécurité et résilience, les politiques des investisseurs sont mises à jour afin d’assurer la transparence des types de dépenses connexes qui peuvent être admissibles tout en atténuant les risques d’utilisation finale et l’exposition aux segments de marché interdits ou controversés.  


Agir quant à la convergence de la sécurité et de la résilience énergétiques


Les mêmes investissements qui diversifient l’approvisionnement en énergie, renforcent les réseaux et les infrastructures essentielles, assurent la sécurité des chaînes d’approvisionnement stratégiques et augmentent la production intérieure peuvent réduire l’exposition aux risques géopolitiques et physiques liés au climat et soutenir la croissance à long terme.  


Les organisations qui saisissent le plus efficacement les occasions liées à cette convergence seront celles qui savent déterminer où la sécurité, la résilience et l’abordabilité se renforcent les unes les autres – et mobiliser des capitaux en conséquence. Les institutions financières peuvent jouer un rôle essentiel en aidant les clients à composer avec les changements de politique, à évaluer les risques émergents, à structurer les occasions d’investissement et à diriger le financement vers des actifs qui renforcent à la fois la sécurité et la prospérité à long terme. 


L’un des messages les plus clairs de la Semaine du climat de New York était que les progrès sont alimentés par des investissements pratiques dans les systèmes énergétiques, les infrastructures, les chaînes d’approvisionnement et la technologie. La réussite dépendra non seulement de l’innovation et du capital, mais aussi de la capacité des leaders à agir dès maintenant pour faire le pont entre le travail en vase clos traditionnel et les objectifs de résilience avec des résultats concrets pour les entreprises et la société. Des occasions se profilent à l’horizon.  

 

Angela Adduci, directrice générale, Initiatives stratégiques, Institut pour le climat de BMO, et Kathleen Oladejo, analyste, Finance durable, BMO Marchés des capitaux, ont contribué à cet article.