Les sols sains sont la pierre angulaire d’une gestion agricole efficace. Les pratiques qui favorisent l’accumulation de matière organique dans le sol, améliorent sa structure et l’aident à retenir l’humidité soutiennent les efforts des agriculteurs visant à stabiliser leurs rendements, à gérer les coûts des intrants et à maintenir une qualité constante des cultures au fil du temps. Ces mêmes pratiques s’avèrent également un moyen pratique de renforcer les chaînes d’approvisionnement contre la variabilité climatique, en réunissant le rendement agronomique, la résilience économique et les résultats environnementaux en une seule approche de gestion.
D’ici 2040, de nombreuses régions agricoles du monde devraient être fortement exposées à au moins un risque climatique important. Aux États-Unis seulement, les feux de forêt pourraient causer des pertes agricoles annuelles estimées à 796 millions de dollars d’ici 2050, tandis que les pertes découlant de la sécheresse pourraient dépasser 11 milliards de dollars.
Le risque pour la santé des sols et les chaînes d’approvisionnement agricole
La modélisation mondiale de BCG et de Quantis (en anglais seulement) montre que la production des principales cultures – qui représentent 65 % de la production mondiale et 70 % de l’apport calorique mondial – pourrait diminuer de 35 % d’ici 2050 en raison de la hausse des températures et des conditions météorologiques capricieuses. Même si certaines régions situées à des latitudes plus élevées pourraient devenir plus propices à la culture à mesure que les températures mondiales augmentent, ces baisses prévues l’emporteraient largement sur les gains potentiels en matière de production alimentaire résultant de la mise en culture de nouvelles terres dans le Nord.
Parallèlement, la demande alimentaire mondiale continue d’augmenter, tandis que la superficie de terres arables diminue d’environ 1 % par année. Plus de 90 % des sols pourraient être dégradés d’ici 2050 (en anglais seulement), ce qui risque de réduire les rendements de 10 % de plus.
L’incertitude des volumes de cultures qui en résulte nuit à la planification efficace des activités, ce qui augmente les coûts et fait en sorte qu’il est difficile pour les entreprises de prévoir de façon fiable les niveaux d’approvisionnement et la qualité des cultures. Ensemble, ces forces font de l’instabilité de l’approvisionnement non seulement un problème climatique, mais aussi un risque opérationnel et financier de base pour les entreprises alimentaires et agricoles, ainsi qu’un défi croissant pour les consommateurs en raison de la hausse des prix, de la réduction de la qualité nutritionnelle et d’une plus grande dépendance aux denrées de base produites en masse, et pour les gouvernements, qui pourraient faire face à une inflation accrue des prix alimentaires.
Pour tenter d’atténuer ces pressions, il faudra un changement fondamental de la façon dont les aliments sont produits et obtenus, en exigeant de nouvelles approches qui rebâtissent la santé des sols et renforcent la résilience à l’échelle du système plutôt que de compter sur des pratiques qui ne conviennent plus aux réalités d’aujourd’hui.
Solutions face aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement
Lorsque les chocs climatiques perturbent les chaînes d’approvisionnement agricoles, les entreprises s’appuient généralement sur deux grandes stratégies. À court terme, elles peuvent tenter de déplacer l’approvisionnement d’une région à l’autre afin de combler les lacunes immédiates, même si cela augmente habituellement les coûts et ne permet pas de gérer les risques systémiques sous-jacents. Pour le plus long terme, de nombreuses entreprises commencent à investir directement au niveau de la ferme en soutenant les pratiques d’agriculture régénératrice afin de rétablir la santé des sols.
Par exemple, PepsiCo collabore avec des agriculteurs de partout au Canada pour étendre l’adoption de méthodes d’agriculture régénératrice et a fait passer ces pratiques à près de 500 000 acres à la fin de 2025. Ces progrès contribuent au vaste objectif mondial de PepsiCo de faire progresser les pratiques agricoles régénératrices, restauratrices ou protectrices sur 10 millions d’acres d’ici 2030.
De même, Kellanova investit également directement au niveau des fermes (en anglais seulement), en travaillant avec plus de 180 producteurs de coton en Alabama, en Floride et en Géorgie pour faire progresser des pratiques régénératrices qui améliorent la santé des sols sur environ 120 000 acres. Kellanova a également établi un partenariat avec Walmart et Indigo Ag (en anglais seulement) en 2025 pour aider les riziculteurs de l’Arkansas à adopter des méthodes régénératrices, à renforcer la résilience agricole et à soutenir des chaînes d’approvisionnement plus durables.
Ces approches, qui comprennent le renforcement de la santé des sols, la diversification de la rotation des cultures, la réduction du travail du sol et l’amélioration de la rétention de l’eau, contribuent à stabiliser les rendements, à réduire l’exposition à la variabilité climatique et à renforcer la résilience des régions d’approvisionnement essentielles.
Comment l’agriculture régénératrice garantit la sécurité des chaînes d’approvisionnement
L’agriculture régénératrice réduit directement la vulnérabilité d’un fournisseur aux chocs climatiques en renforçant l’actif naturel sous-jacent : le sol.
Les sols sains retiennent plus d’eau et de nutriments, ce qui atténue les effets des sécheresses et des pluies abondantes. Les fermes américaines qui utilisent des systèmes de culture sans labour ont affiché des taux de rendement plus élevés de 22 % pendant les années d’humidité exceptionnelle1. Les essais sur le terrain menés à long terme en Amérique du Nord démontrent que des rotations diversifiées et des pratiques de conservation réduisent les pertes de rendement dans des conditions difficiles et favorisent une qualité des produits plus uniforme2. Au fil du temps, les systèmes d’agriculture régénératrice peuvent également réduire la dépendance aux intrants externes, comme les engrais et l’irrigation, ce qui permet de réduire la volatilité des coûts et d’augmenter la fiabilité des rendements agricoles. De plus, les pratiques régénératrices fournissent aux entreprises des preuves traçables d’améliorations en matière de résilience, soutenant à la fois les engagements en matière de durabilité et les stratégies de gestion des risques.
État actuel de la mise en œuvre
Dans l’ensemble de l’Amérique du Nord, l’adoption de pratiques régénératrices a augmenté, mais demeure inégale. Par exemple, l’utilisation des cultures de couverture a augmenté aux États-Unis (en anglais seulement) au cours des dernières années, mais représente toujours une petite partie des terres en culture, et l’adoption varie considérablement d’une région à l’autre (en anglais seulement). Au Canada, la réduction du travail du sol et le déclin des jachères estivales ont contribué à prolonger la couverture du sol, ce qui a amélioré la santé du sol et la rétention de l’humidité. Cette adoption inégale donne lieu à des occasions d’investissement et de partenariat ciblés pour accélérer les progrès dans les secteurs d’approvisionnement prioritaires.
Approche de Gould Ranching
La société Gould Ranching Ltd., exploitation agricole établie de longue date dans la région semi-aride de Consort (Alberta), montre comment les pratiques régénératrices axées sur le sol peuvent constituer une stratégie de résilience. Situé à l’extrémité nord du triangle de Palliser, une région historiquement considérée comme marginale pour la culture en raison de sécheresses fréquentes et d’une humidité limitée, le ranch a passé près d’un siècle à s’adapter aux conditions difficiles.
La famille Gould allie agronomie, expertise en élevage et innovation technologique pour conserver l’humidité, limiter au maximum la perturbation des sols et protéger ses terres contre l’érosion éolienne et l’évaporation. Son approche témoigne d’une compréhension profonde du fait que, dans son environnement, chaque millimètre d’humidité doit être capté et protégé. L’intégration du bétail joue un rôle essentiel dans son système. Le ranch utilise le maïs sur pied pour le pâturage hivernal, ce qui permet au bétail de restituer les nutriments directement dans le sol, évitant ainsi le transport du fumier et transformant les déchets en engrais naturel. Depuis plus de 20 ans, la famille Gould effectue des contrôles d’efficacité détaillés sur le bétail, en mesurant l’apport alimentaire individuel au moyen de mangeoires surveillées. Cette évaluation continue lui permet de repérer les animaux à rendement élevé et de réduire considérablement les besoins globaux en aliments pour l’ensemble du troupeau.

La conservation de l’humidité est un autre pilier fondamental de l’exploitation. L’adoption, il y a plus de dix ans, de barres de coupe Stripper Header permet au ranch de laisser de hauts chaumes sur pied dans les champs après la récolte. Ces résidus sur pied retiennent la neige, réduisent la vitesse du vent à la surface du sol et préviennent la perte d’humidité par sublimation. L’augmentation de la rétention d’eau provenant de la neige a permis au ranch de passer à une culture continue, ce qui a réduit la fréquence des infiltrations salines et stabilisé le sol au fil du temps.
Les rotations de pâturage prolongées imitent les déplacements naturels du troupeau, offrant ainsi aux prairies de longues périodes de repos qui favorisent le développement d’un système racinaire plus profond, améliorent la structure du sol et augmentent la séquestration du carbone. Par ailleurs, la reconversion des terres cultivées en prairies fourragères et la réduction au minimum des perturbations mécaniques grâce à des pratiques de semis direct contribuent à préserver l’intégrité biologique du sol et à protéger sa surface. Le travail de ce ranch montre comment l’agriculture régénératrice peut créer une stabilité opérationnelle dans l’une des régions agricoles les plus arides du Canada en réduisant la vulnérabilité aux déficits hydriques, en renforçant la fonction du sol, en réduisant la dépendance aux intrants et en améliorant la fiabilité de la production de fourrage et de cultures.
Les sols sains sont une forme de gestion des risques
À une époque où les chocs climatiques se multiplient, le simple fait de modifier ses sources d’approvisionnement ne suffit pas à éliminer le risque de perturbation. La résilience à long terme nécessite d’investir dans des sols sains – l’infrastructure naturelle qui modère la variabilité climatique. Si l’agriculture régénératrice n’est pas une solution à elle seule, la généralisation de ces pratiques permet de réduire la volatilité des rendements, d’améliorer la constance de la qualité et de justifier de manière traçable les allégations de résilience. Pour les entreprises qui recherchent des chaînes d’approvisionnement fiables, la santé des sols est non seulement une priorité environnementale, mais aussi un investissement stratégique en matière de gestion des risques.
Citations :
1. Nouri, A., Yoder, D. C., Lee, J., Yin, X., Tyler, D. D., & Saxton, A. M. (2021). Conservation agriculture increases the soil resilience and cotton yield stability in climate extremes of the southeast US. Communications Earth & Environment, DOI: https://doi.org/10.1038/s43247-021-00223-6
2. Idem.
