Les tarifs douaniers, les tensions géopolitiques et la volatilité économique ont une incidence sur le commerce transfrontalier, ce qui oblige les sociétés canadiennes à composer avec un contexte d’incertitude et de perturbation. Il n’est pas réaliste de prédire le prochain choc. Les équipes de direction devraient plutôt se concentrer sur le renforcement de la résilience opérationnelle.
Dans le contexte actuel, cela signifie qu’il faut mettre en œuvre de façon proactive de saines stratégies en matière de gestion de la chaîne d’approvisionnement, d’exposition aux tarifs, de modèles de tarification et de couverture. Ces stratégies peuvent aider les sociétés canadiennes à renforcer leurs assises à une époque de changements constants.
Expansion des activités aux États-Unis
Certaines sociétés canadiennes établissent ou élargissent leur empreinte aux États-Unis afin de réduire leur exposition aux tarifs douaniers et d’atténuer les risques liés à la logistique transfrontalière. L’établissement d’opérations aux États-Unis, que ce soit par l’intermédiaire de centres de distribution, d’opérations manufacturières ou de coentreprises, contribue à réduire l’exposition aux tarifs en maintenant une plus grande partie de la chaîne d’approvisionnement du côté des États-Unis. Cela offre également des avantages logistiques en réduisant le nombre de voies de transport dépendantes des frontières, ce qui diminue le risque de retards et permet d’assurer un flux opérationnel plus prévisible.
Bien entendu, il est important d’accroître votre présence aux États-Unis. Les sociétés devraient évaluer comment elles s’y prendront pour respecter les exigences réglementaires fédérales et celles des États, la disponibilité de la main-d’œuvre et les structures salariales. Il est également important de repérer les systèmes opérationnels redondants, comme les fonctions de gestion de la trésorerie, et d’établir un plan pour éliminer toute inefficacité qui peut survenir.
Restructuration des chaînes d’approvisionnement
Les tarifs douaniers et les événements géopolitiques exposent les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement, en particulier les entreprises qui dépendent d’un fournisseur unique. Certaines sociétés ont réagi en adoptant des approches pratiques pour renforcer la résilience de leurs chaînes d’approvisionnement, notamment :
La diversification des fournisseurs entre les régions afin de réduire l’incidence des perturbations locales;
Des stratégies de double approvisionnement pour les intrants essentiels, afin de se prémunir contre les perturbations sans pour autant restructurer entièrement son modèle d’approvisionnement;
La délocalisation dans des pays proches ou dans un pays ami pour améliorer la sécurité et l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement.
La mise en œuvre de ces stratégies peut nécessiter quelques compromis entre le coût et la continuité. Les sociétés peuvent engager des coûts plus élevés pour assurer la continuité de l’approvisionnement ou elles peuvent subir des pressions sur leurs besoins en fonds de roulement pour assurer des niveaux de stocks suffisants. Néanmoins, des chaînes d’approvisionnement résilientes peuvent aider à protéger votre société pendant les cycles économiques. La clé est de déterminer quelles vulnérabilités présentent les risques financiers et opérationnels les plus importants, puis d’ajouter de la redondance au système où cela compte le plus.
Repenser les modèles de tarification
Les tarifs douaniers, les coûts de transport et l’évolution de la dynamique de la demande incitent les sociétés canadiennes à revoir leurs modèles d’établissement des prix. Les propriétaires d’entreprise réévaluent la façon d’intégrer de la souplesse à leurs prix sans s’aliéner les clients. La bonne approche dépend souvent de la nature et de la durée des pressions sur les coûts.
Certaines sociétés introduisent des suppléments pour compenser les coûts à court terme. Cette approche peut être efficace en cas de perturbations temporaires ou de pics coûteux. D’autres entreprises effectuent des rajustements permanents des prix, ce qui peut être justifié en réponse aux changements structurels à long terme, comme une nouvelle politique tarifaire.
Les sociétés peuvent envisager d’adopter des cycles de tarification plus courts. Au lieu d’ententes de tarification annuelles ou pluriannuelles, certaines entreprises adoptent des réévaluations trimestrielles ou semestrielles, ce qui leur permet de s’ajuster plus facilement aux changements de coûts. De même, la réévaluation des contrats permet aux sociétés de modifier des modalités qui ne reflètent plus la réalité économique actuelle.
Nous constatons également que certaines entreprises appliquent des stratégies de tarification spécifiques à un segment pour préserver leur compétitivité tout en protégeant leurs marges. Cela pourrait se traduire par des niveaux de service personnalisés, des incitatifs basés sur le volume ou des modalités de paiement souples pour les clients stratégiques des États-Unis.
Couverture financière et structurelle
La couverture contre les risques de change est une stratégie clé pour les sociétés canadiennes qui exercent des activités transfrontalières. Mais dans le contexte actuel, les dirigeants visionnaires ne se limitent pas aux opérations de change et s’intéressent à des approches financières et structurelles plus larges afin de réduire la volatilité et de gérer les risques de manière plus globale, notamment :
Couverture des produits de base. Pour les sociétés exposées aux coûts des intrants fluctuants, comme les métaux, l’énergie ou les produits agricoles, la couverture des produits de base peut stabiliser les marges et améliorer la prévisibilité des prévisions.
Structuration stratégique des transactions. Cela peut permettre d’éviter que les sociétés ne soient prises au dépourvu par des changements soudains de la conjoncture économique. Ces stratégies peuvent inclure des clauses d’indexation des prix liées à des indices de coûts des intrants, des accords de partage des risques avec les fournisseurs et des options contractuelles multidevises.
Les entreprises canadiennes font face à un environnement transfrontalier de plus en plus complexe, défini par l’incertitude récurrente plutôt que par des perturbations épisodiques. Pour traverser cette période de volatilité, il faut une planification réfléchie et proactive. En élargissant les activités aux États-Unis, en restructurant les chaînes d’approvisionnement, en modernisant les modèles de tarification et en explorant des stratégies de couverture avancées, les sociétés peuvent renforcer la résilience dont elles ont besoin.