L’actionnariat des employés connaît actuellement un élan sans précédent en Amérique du Nord, où il bénéficie d’un soutien diversifié et croissant. Les placements en capital privé constituent une source de soutien particulièrement prometteuse, car de plus en plus de gestionnaires de fonds intègrent l’actionnariat des employés dans leur stratégie de déploiement des capitaux et de fidélisation des talents.
Deux façons dont les gestionnaires d’actifs s’engagent davantage
1. Capital pour les sociétés détenues majoritairement par des employés (p. ex., RAE)
Les investisseurs en crédit privé offrent de plus en plus de financement de premier rang, unitranche ou mezzanine, afin de soutenir les entreprises détenues par leurs employés, notamment dans le cadre de la mise en place de régimes d’actionnariat des employés (RAE). Les sociétés ont généralement recours au crédit privé afin d’accroître la liquidité initiale pour les actionnaires vendeurs ou pour offrir à la société une plus grande souplesse.
Un exemple notable est celui de Taylor Guitars, dont la transition vers une structure détenue à 100 % par les employés s’est achevée en 2020.Ce projet a été financé grâce à une facilité de crédit à long terme et à conditions souples, mise en place sous la direction du Healthcare of Ontario Pension Plan (HOOPP), en collaboration avec Social Capital Partners et les fondateurs de la société. Cette entente historique est largement considérée comme la première occasion où une caisse de retraite a directement financé la conversion d’une entreprise en RAE, pour harmoniser le capital à long terme avec la propriété à long terme.
Au-delà du crédit, une nouvelle génération de gestionnaires de fonds se concentre exclusivement sur l’actionnariat des employés en recourant à des actions structurées, un instrument hybride alliant titres de créance et actions, conçu pour offrir aux propriétaires vendeurs une somme en espèces à la clôture comparable à celle d’une vente traditionnelle, tout en permettant une large participation des employés. Le modèle Apis & Heritage de Capital Partners en est un bon exemple. En janvier, Apis & Heritage, en collaboration avec BMO, a financé la transformation de B and B Maintenance, Inc., un chef de file national dans le domaine des services d’entretien ménager comptant plus de 40 ans d’expérience, en une société S détenue à 100 % par ses employés (RAE).
Cette structure permet à l’entreprise de se positionner pour une croissance fiscalement avantageuse, un engagement accru de la part des employés et une résilience à long terme. Cela montre comment un capital axé sur une mission, lorsqu’il est associé à des gestionnaires chevronnés et à des partenaires financiers partageant les mêmes valeurs, peut créer de la valeur pour les fondateurs, les employés et les collectivités qu’ils servent.
Les investisseurs en capital-investissement peuvent également apporter des fonds de croissance à des sociétés existantes détenues par leurs employés. Le placement minoritaire réalisé en 2019 par TowerBrook Capital Partners dans KeHE Distributors (qui a conservé sa structure de RAE majoritaire) a apporté des capitaux d’envergure à un distributeur détenu par ses employés et certifié « B Corp », ce qui démontre comment des investisseurs partageant les mêmes valeurs peuvent stimuler l’expansion sans compromettre la structure de propriété.
Ces exemples illustrent une tendance qui montre que les sociétés détenues dans le cadre d’un RAE ont accès à des marchés financiers solides.
2. Un actionnariat diversifié dans le marché traditionnel du capital-investissement
L’actionnariat des employés est également en croissance sur le marché traditionnel du capital-investissement. Les sociétés de capital-investissement ont depuis longtemps mis en place des programmes d’incitation à l’intention des cadres supérieurs, mais elles ont récemment commencé à étendre la participation au capital à l’ensemble des employés afin de stimuler la performance, de renforcer la culture d’entreprise et de partager la création de valeur. En 2011, Pete Stavros, cochef, Capital-investissement mondial de KKR, a mis en place ces programmes de participation élargie dans les placements de la société. Fort de ce succès, M. Stravos a fondé Ownership Works, une entreprise qui vise à faire de la propriété partagée la nouvelle norme en milieu de travail. À ce jour, plus de 100 organisations ont adhéré à cette initiative, parmi lesquelles figurent de grandes institutions, telles que BMO et 45 investisseurs en capital-investissement, ce qui apporte un soutien programmatique, des engagements philanthropiques et des conseils en matière de mise en œuvre. En conséquence, 186 entreprises ont mis en place des programmes de participation aux bénéfices, ce qui a généré plus de 14 milliards de dollars en versements prévus pour plus de 268 000 employés n’occupant pas de poste de haute direction.
Le client de BMO Pye-Barker est un exemple d’entreprise financée par du capital-investissement qui a recours à l’actionnariat des employés. Il s’agit du plus grand fournisseur entièrement intégré et offrant une gamme complète de services de protection contre les incendies, de sécurité des personnes et de sûreté aux États-Unis. En août 2025, la société a lancé son programme d’actionnariat intitulé « ALL In », qui offre gratuitement des primes d’encouragement importantes à tous les employés à temps plein admissibles. Le programme « ALL In » a été entièrement soutenu par ses principaux investisseurs, Leonard Green & Partners et Altas Partners, et a été élaboré en consultation avec Ownership Works. Grâce à ce programme, Pye-Barker devient la plus grande entreprise du secteur de la sécurité incendie et de la sécurité des personnes à être gérée selon le principe de l’actionnariat des employés.
En conclusion
Le soutien croissant en faveur de l’actionnariat des employés dans le secteur de la gestion d’actifs ouvre des perspectives prometteuses. Ces gestionnaires de fonds disposent à la fois d’un capital considérable et d’un portefeuille de sociétés de plus en plus vaste sous leur contrôle. Si l’actionnariat des employés peut devenir la norme, il permettra non seulement de bâtir une économie plus forte et plus résiliente dans l’ensemble, mais aussi d’avoir une incidence financière importante sur la vie des familles de travailleurs à l’échelle de l’Amérique du Nord.