Le monde entier se lance dans une course effrénée pour s’assurer un approvisionnement en minéraux critiques, que ce soit pour la défense ou la robotique. Le Canada dispose de ressources naturelles abondantes pour répondre à cette demande, mais une grande partie de la transformation s’effectue à l’étranger.  

 

Les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques et la recherche de moyens permettant de conserver leurs retombées économiques au Canada ont été au cœur d’une table ronde intitulée « Critical Minerals and Industrial Sovereignty » lors de la 20e édition du Toronto Global Forum, organisé par le Forum économique international des Amériques (IEFA). La table ronde, animée par Rahim Bapoo, premier directeur général et chef, Minéraux critiques, BMO Marchés des capitaux, réunissait les intervenants suivants : 

 

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    Mark Selby, chef de la direction, Canada Nickel Company  

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    Colton LeBlanc, ministre de la Croissance, du Développement et des Industries de la défense, et ministre des Affaires acadiennes et de la Francophonie, gouvernement de la Nouvelle-Écosse 

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    Alden Greenhouse, chef de la direction d’Avenir Minerals et vice-président, Minéraux critiques et stratégiques à Agnico Eagle 

 

Écoutez l’épisode de Markets Plus inspiré des idées abordées dans cette discussion :

 

La discussion a porté sur la capacité de transformation que le Canada a perdue, les avantages dont il dispose encore, ainsi que les ressources humaines et financières nécessaires pour faire progresser le secteur. Voici quelques faits saillants : 

 

Ce à quoi le Canada a renoncé 

 

Selon Mark Selby, tout plan d’avenir pour le secteur doit tenir compte de la vente d’Inco, de Falconbridge et de Noranda à des acheteurs étrangers au milieu des années 2000. Au-delà de la perte de propriété nationale, M. Selby a déclaré que le Canada avait également perdu une part importante de sa capacité de transformation nationale, la production s’étant déplacée à l’extérieur du pays.  

 

« Aujourd’hui, les décisions concernant l’affectation du capital sont prises à l’extérieur du Canada, a-t-il déclaré. Nous devons faire émerger de nouveaux champions canadiens. » 

 

Alden Greenhouse a déclaré que le pays devait faire preuve de pragmatisme en ce qui concerne la reconstruction de sa capacité de transformation. Selon lui, la souveraineté doit s’étendre au-delà des frontières du Canada pour englober ses alliés, en raison des différents défis à relever. Les tonnes de nickel concentré sont bien plus difficiles à transporter que les lingots d’or, par exemple. 

 

M. Selby a fait remarquer que chaque fois qu’une étape de la production est délocalisée à l’étranger, elle emporte avec elle sa valeur, alors que le fait de maintenir une plus grande partie de la production au pays génère des avantages sur le plan de la sécurité. Comme le Canada dépend d’alliages spéciaux importés, une interruption de l’approvisionnement pourrait entraîner la fermeture d’industries importantes.  

 

En ce qui concerne la prospection d’entreprises extérieures, M. Selby souhaiterait que les minières canadiennes s’associent pour présenter aux fabricants de batteries coréens et japonais ainsi qu’aux sidérurgistes européens les avantages d’implanter des usines ici, plusieurs mines étant en mesure de les approvisionner. « Nous devrions travailler de manière coordonnée au Canada », a-t-il déclaré. 

 

Remise sur pied de la base de transformation 

 

Colton LeBlanc a déclaré que la Nouvelle-Écosse collabore avec le secteur pour rendre le processus d’autorisation plus efficace tout en maintenant des mesures rigoureuses de protection de l’environnement. Au cours de la dernière année, la province a doublé le nombre de ses permis d’exploration, ce qui est considérable pour une région qui compte moins de 3 % de la population canadienne. Par ailleurs, il voit des possibilités dans les secteurs de la transformation, de la fabrication et de la recherche qui pourraient soutenir le développement des batteries et le secteur de la défense. 

 

Rahim Bapoo a interrogé le groupe d’experts sur les aspects économiques liés à l’augmentation de la capacité de transformation du Canada, se demandant si une technologie plus performante pourrait permettre de réduire les coûts de transformation. M. Selby a cité le district du nickel de Timmins comme exemple illustrant comment une ressource appropriée, située au bon endroit, peut rendre la transformation viable.  

 

Selon M. Selby, les gisements de la région contiendraient suffisamment de nickel pour assurer la production pendant plus de 100 ans. De plus, l’infrastructure nécessaire à l’exploitation de cette ressource est déjà en place, notamment l’accès à l’énergie et le transport. Il a déclaré que son équipe utilisera une technologie éprouvée pour répondre aux besoins des clients qu’elle comprend bien, sans pour autant miser sur une hausse des prix. « Nous pouvons réaliser des projets grâce à l’ensemble unique d’infrastructures et de capacités dont dispose le Nord-Est de l’Ontario, a-t-il déclaré. Nous pouvons être concurrentiels sur le marché actuel. » 

 

Pour les régions de moins grande envergure, M. LeBlanc a indiqué qu’un transformateur pourrait jouer le rôle de locataire phare capable d’attirer d’autres entreprises, tout comme un grand magasin attire des boutiques plus modestes. Grâce aux ports en eaux profondes de la Nouvelle-Écosse et à son accès direct aux marchés, il estime que la province a les moyens de se positionner pour attirer ce type d’investissement. « Nous ne sommes pas une grande province, mais nous avons de grandes possibilités », a-t-il déclaré. 

 

Un avenir dans lequel il vaut la peine d’investir 


Pour que ces projets soient couronnés de succès, a déclaré M. Greenhouse, le secteur a besoin du soutien des collectivités environnantes, un soutien qu’il s’est efforcé de gagner. « Une véritable réconciliation avec les Premières Nations ne peut se faire qu’avec une réelle participation économique, et non une participation économique symbolique », a déclaré M. Selby. 

 

Outre le recrutement local, M. Greenhouse a déclaré que le secteur devait aider les travailleurs qualifiés et leurs familles à s’installer dans les collectivités minières. À Agnico Eagle, le déménagement de cinq foreurs et de leurs familles depuis le Mexique a nécessité le recours à du personnel supplémentaire chargé de la réinstallation.  

 

« C’est vraiment là, selon moi, que les gouvernements peuvent nous aider, en mettant en place des politiques qui encouragent et soutiennent les gens à intégrer notre secteur, a-t-il déclaré. Malheureusement, les mines ne se trouvent pas à Toronto, à Vancouver ni à Montréal. » 

 

Selon M. Selby, ce besoin de soutien gouvernemental s’étend au financement, car les investisseurs privés ont tendance à s’en tenir aux métaux qu’ils connaissent bien. M. Selby a déclaré qu’en 2024 et 2025, la majeure partie des capitaux destinés au secteur minier au stade du développement avait été affectée à des projets liés au cuivre, à l’or et à l’argent.  

 

En ce qui concerne les minéraux tels que le césium et le tantale, il a encouragé les gouvernements à investir dès le début. « Si on met le processus en marche, d’ici 10 ou 15 ans, je pense qu’on pourrait avoir une économie très dynamique », a-t-il déclaré.