À mesure que le Canada augmente ses dépenses de dépense et accroît la production nationale, le secteur de la fabrication devient un avantage stratégique clé. Il s’agit du contexte pour la table ronde intitulée « Shaping Global Manufacturing for Defence Leadership » dans le cadre de la 20e édition du Toronto Global Forum, organisé par le Forum économique international des Amériques (IEFA).
La discussion portait sur les investissements dans le secteur de la défense, les nouvelles exigences en matière de capacités et la manière dont les pays peuvent renforcer leur production nationale tout en maintenant des partenariats avec les alliés.
La conversation, animée par Camilla Sutton, première directrice générale et chef, Recherche sur les actions, Canada et Royaume-Uni, BMO Marchés des capitaux, a réuni les panélistes suivants :

Josh Clarke, éminent scientifique, Destiny Copper

Brian Gallant, chef de la direction, Espace Canada et 33e premier ministre du Nouveau-Brunswick

Wes Rhiger, directeur de l’ingénierie, General Dynamics Land Systems – Canada.

Ephraim Rudman, partenaire, Groupe des institutions financières, et cochef de la stratégie de la plateforme, Apollo

George Spezza, directeur du développement économique, Niagara Economic Development
Voici certains points saillants tirés de la discussion.
Transformer l’ambition en capacité
Le Canada s’est engagé d’ici 2035 à investir annuellement 5 % de son PIB à la défense et aux aspects prioritaires liés à la sécurité en vertu de la nouvelle référence de l’OTAN, ce qui souligne le besoin d’harmoniser les choix en matière d’investissement avec les exigences clairement définies sur le plan militaire. Josh Clarke a précisé que les clients du secteur de la défense devaient faire appel aux fournisseurs dès le début du processus et fournir des spécifications claires de façon à ce que les entreprises comprennent ce que l’on attend d’elles.
Les investisseurs cherchent à obtenir la même clarté de façon à savoir que la demande subsistera assez longtemps pour justifier leur investissement, déclare Ephraim Rudman. « Il est très difficile d’investir massivement dans la construction d’infrastructures sans obtenir cette visibilité », précise-t-il.
Si le Canada veut atteindre ses objectifs en matière de défense, il doit également chercher à améliorer ses processus d’approvisionnement, déclare Wes Rhiger. Après avoir consacré près de 25 ans dans le secteur de la défense, il se réjouit de la mise en place de la stratégie industrielle de défense et de la création de l’Agence de l’investissement pour la défense. La stratégie a pour but de renforcer l’industrie nationale de la défense au Canada, tandis que l’agence a pour but de moderniser et de simplifier le processus d’approvisionnement en matière de défense.
Permettre aux entreprises de se développer
Camilla Sutton précise que, même si plusieurs petites entreprises canadiennes cherchent à tirer profit des nouvelles dépenses en matière de défense, le message qu’elle retient de la table ronde est que le véritable défi est le développement.
Certains panélistes ont déclaré que le fait d’établir des relations avec le gouvernement dès le début est une façon de donner de la légitimité aux entreprises en démarrage. Elles peuvent ainsi se développer plus rapidement. Rhiger a précisé que ce fut le cas de General Dynamics Land Systems – Canada, qui conçoit et fabrique des véhicules militaires. « Nous sommes très fiers de notre relation avec les Forces armées canadiennes, et le lancement de notre produit auprès des Forces armées canadiennes a véritablement légitimé nos capacités », précise Rhiger.
C’est cette légitimité, ajoute-t-il, qui a permis à l’entreprise de faire face à la concurrence à l’échelle internationale. Rhiger indique que les exportations correspondent à l’heure actuelle à une part importante des bénéfices de l’entreprise.
Brian Gallant convient qu’avoir le gouvernement comme premier client peut renforcer une entreprise, particulièrement une entreprise en démarrage. « Il s’agit d’un vote de confiance qui stimule l’entreprise. » Cela donne également beaucoup de crédibilité à l’échelle internationale », déclare-t-il.
Rendre l’investissement en capital dans la défense attrayant
En marge du forum, Sutton précise qu’il existe des compromis quant à qui assume le risque, les investisseurs et les entreprises cherchant à obtenir de la certitude quant à la demande. « Si nous pouvons transférer le risque de façon à ce qu’il soit plus facile de financer, d’investir et de véritablement bâtir », précise-t-elle.
Rudman a comparé les modèles d’entreprises en démarrage ayant de faibles besoins en matière d’injections en capitaux avec des entreprises manufacturières, qui ont habituellement besoin davantage d’investissement sur le plan de la capacité physique. Le défi consiste à combler le fossé entre le développement d’entreprises en démarrage et la phase de croissance suivante, alors que les entreprises requièrent des investissements importants.
L’aide gouvernementale et le capital de risque peuvent permettre aux entreprises d’atteindre cette phase, indique-t-il. Rudman précise qu’une collaboration avec les principaux entrepreneurs en défense peut permettre aux entreprises parvenues à maturité d’avoir accès à des chaînes d’approvisionnement établies et des signaux clairs concernant la demande.
Les contrats à long terme sont une façon d’insuffler une plus grande confiance des investisseurs, déclare Rudman. Outre les engagements fermes quant au moment où les achats seront réalisés, les entreprises ont besoin d’un cadre qui leur donne confiance quant à la viabilité de leurs investissements au fil du temps.
Favorise la production nationale tout en établissant des partenariats avec des alliés
La discussion portait également sur la manière dont le Canada devait équilibrer la production nationale et les partenariats internationaux.
Gallant a fait valoir que la question ne consiste pas simplement à déterminer si le Canada devrait favoriser une production nationale ou des achats auprès des pays alliés, mais plutôt s’il peut maintenir un contrôle à l’égard des capacités critiques lorsque les circonstances se détériorent. « Ce qui est vraiment important dans chaque scénario consiste à déterminer que si tout se passe mal, sommes-nous en mesure de contrôler ces capacités? », précise-t-il.
Le Canada devrait s’efforcer d’établir un équilibre entre autosuffisance et collaboration internationale, déclare Rudman. Même si le contrôle national sur les capacités en matière de sécurité nationale est important, la collaboration internationale sera toujours nécessaire dans une certaine mesure. « La défense, compte tenu de l’ampleur des investissements requis, est une entreprise internationale, » précise-t-il.