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Aller de l’avant en matière de transition énergétique : Darryl White s’adresse aux gestionnaires de réserves et d’actifs mondiaux

 

De récents événements, comme la tragique invasion de l’Ukraine par la Russie, ont souligné l’urgence d’une transition vers la carboneutralité; un changement qui doit se faire rapidement – et correctement, a déclaré Darryl White, chef de la direction de BMO, lors de la Conférence des gestionnaires de réserves et d’actifs mondiaux 2022.

Interviewé dans le cadre d’une causerie au coin du feu par Svetlana Radan, chef de l’exploitation, Placements du compte général de la Financière Manuvie, M. White a salué l’accélération « remarquable » de l’évolution vers un monde sans émission de gaz à effet de serre, mais il a également souligné les difficultés à venir, qu’il s’agisse de mener action concertée et coordonnée ou de comprendre la trajectoire de la transition vers l’abandon des combustibles fossiles.

« Le système financier, à l’échelle mondiale, s’est engagé de manière assez audacieuse dans la lutte contre les émissions de carbone », a indiqué M. White, soulignant que les institutions financières se sont mobilisées depuis le début de la pandémie de COVID-19 pour mettre en lumière de nombreuses questions environnementales, sociales et de gouvernance.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie, par exemple, a, semble-t-il, validé deux points de vue contradictoires concernant la transition. L’un des camps voit dans ce combat un catalyseur pour l’adoption des énergies renouvelables, afin que des régimes comme celui de la Russie ne puissent plus financer des guerres. L’autre, en revanche, estime que les pays occidentaux ont été trop pressés de se défaire de leurs sources d’approvisionnement traditionnelles en combustibles fossiles, au détriment de la sécurité énergétique.

« Je ne crois ni à l’un ni à l’autre de ces arguments », a affirmé M. White lors de son entretien approfondi avec Mme Radan. Il estime plutôt qu’il existe une voie entre les deux, une voie qui favorise l’augmentation des investissements dans la transition énergétique sans pour autant rejeter les combustibles fossiles. « Nous avons décidé il y a quelques années de ne pas opter pour une stratégie de désinvestissement généralisé », a-t-il expliqué. Il a également souligné que si les gouvernements nord-américains avaient encouragé et finalement autorisé le développement des pipelines Keystone XL et Energy East, le Canada aurait pu remplacer pratiquement toutes les importations de pétrole russe sur le marché américain et libérer des barils étrangers équivalant à 8 % des importations de pétrole de l’Europe.

Le Canada ne doit pas s’excuser de son avantage stratégique en tant que l’un des plus grands producteurs mondiaux de pétrole, de gaz et d’autres produits de base essentiels, surtout à une époque où les pays importateurs cherchent d’autres sources d’approvisionnement. Néanmoins, les investisseurs doivent continuer à réfléchir aux moyens d’accélérer la transition. Ils doivent se demander : « Quels investissements et quelles technologies pouvons-nous accélérer? Comment pouvons-nous tirer parti des résultats de sources renouvelables plus rapidement, même s’il existe une quantité presque infinie de capital dans le monde? »

Normes communes

Un obstacle fondamental à une transition en douceur est qu’il n’existe toujours aucun ensemble commun de normes pour la présentation de renseignements sur la performance environnementale et la reconnaissance environnementale. Il est donc difficile pour les investisseurs d’évaluer si un projet ou une initiative peut produire les rendements promis. « Comment puis-je savoir si je peux obtenir un rendement fiable s’il n’y a pas de norme internationale pour les rapports? » a déclaré M. White. « Nous n’y sommes pas encore, mais si des normes communes existaient, il y aurait une énorme quantité de capitaux dégagés pour des projets. »

La responsabilité gouvernementale est un autre enjeu.

Si les gouvernements ont pris des engagements en matière de réduction nette des émissions, ils ne peuvent pas tout simplement confier au secteur privé la tâche de transformer l’économie mondiale. Il faut au contraire une coordination beaucoup plus étroite entre les nations, de sorte que tous puissent travailler ensemble à la transition.

Bien entendu, c’est plus facile à dire qu’à faire. « Imaginez que vous vous réveilliez demain matin et que vous vous disiez, voyons voir quel sera le prochain grand défi de notre vie – et il n’y en a pas de plus grand que le changement climatique – et que vous deviez ensuite tracer un plan directeur pour l’ensemble des territoires qui ont des intérêts divergents, et que vous deviez utiliser ce plan comme une piste pour trouver d’énormes quantités de fonds et accélérer la transition. Ce n’est vraiment pas évident. »

M. White est toutefois optimiste quant à la possibilité d’y parvenir, même si cela prend plus de temps compte tenu de toutes les complexités. « Reconnaissons les enjeux de la normalisation, tout en essayant de faire pression pour avancer vers ce but, a-t-il dit. D’ici là, nous ne pouvons pas attendre. Je pense qu’il est là le problème. Nous devons prendre certains risques, en raison des hypothèses que nous devons formuler. La diligence et le travail que nous devons accomplir s’en trouvent considérablement accrus. »

Rapprocher les sceptiques du terrain d’entente

BMO contribue à faire avancer les choses, a remarqué M. White. La banque a un bilan neutre en carbone depuis 2010, et en 2021, elle a déclaré son ambition climatique : être le partenaire principal de ses clients dans la transition vers un monde carboneutre. La même année, BMO a créé l’Institut pour le climat de BMO, un groupe de réflexion interne chargé de conseiller la direction et les clients sur les stratégies de décarbonation. Elle a également créé l’Équipe Transition énergétique, un groupe novateur de premier plan qui travaille avec ses clients pour les aider à décarboniser leurs activités et à saisir les occasions de transition énergétique.

Ces groupes ne visent pas seulement à faire avancer la filière climatique, mais ils analysent également les conséquences potentielles sur les droits de la personne, la sécurité énergétique et les collectivités afin de réaliser une « transition juste et équitable ». En outre, BMO s’est jointe à l’alliance bancaire Net Zero, s’engageant à diminuer de 33 % l’intensité carbone de son portefeuille de placements (émissions de carbone par dollar de revenu) et à réduire de 24 % les émissions absolues d’ici 2030. « Nous sommes la seule banque (au Canada) à faire cela », a-t-il noté.

Malgré toutes les mesures prises, il y aura toujours des sceptiques qui ne prendront pas la transition au sérieux. Et il est important de dialoguer avec ces critiques, de les amener vers le milieu du terrain de jeu. « Si l’on veut que les gens se retrouvent au milieu du terrain, il faut mieux articuler ces mesures et ces enjeux, et les placer au premier plan de tout ce que nous faisons », a-t-il déclaré.

Jeter les bases

Aussi compliquée que soit la transition, le Canada reste un chef de file mondial en matière d’adoption des principes ESG, selon M. White. La propre expérience de BMO en matière de diversité et d’inclusion montre comment les mesures prises aujourd’hui peuvent être mises à profit à l’avenir. « Dans les années 1990, nous avons rédigé des livres blancs sur l’autonomisation des femmes au travail », a-t-il expliqué. « À l’époque, beaucoup étaient cyniques quant à l’exercice, mais aujourd’hui, 50 % du conseil d’administration de BMO et trois présidents de comité sur quatre sont des femmes. »

Il y a trois ans, la Banque a adopté l’énoncé suivant comme sa raison d’être : « Avoir le cran de faire une différence dans la vie comme en affaires ». BMO ne se préoccupe pas uniquement des intérêts de ses actionnaires, mais elle contribue également à un avenir durable et à une société inclusive.

« J’ai fait un virage à 180 degrés sur ce sujet », a déclaré M. White à l’auditoire. « La durabilité tient désormais la place d’honneur sur la page de couverture des documents de toutes mes réunions du conseil d’administration, de toutes mes réunions de comité. Elle apparaît à l’écran de tous ceux qui ouvrent leur ordinateur chaque matin. Elle est vivante. Elle respire. Elle guide nos choix. Elle informe notre ambition. »

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Darryl White Chef de la direction, BMO Groupe financier

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