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Tirer parti du système financier dans le cadre de la transition

Finance durable Conférences 11 mai 2022
Finance durable Conférences 11 mai 2022

 

Comment exploiter le marché financier pour contribuer à l’atteinte de la carboneutralité à l’échelle mondiale d’ici 2050? Comment créer des incitatifs qui encourageront les gens à prendre des mesures pour modifier leurs comportements et à effectuer des placements appropriés pour relever ce défi?

Il s’agit de questions clés abordées lors du Congrès mondial annuel des gestionnaires de réserves et d’actifs de BMO. La table ronde, intitulée Aligning the Financial System with Global Climate Ambition, était animée par Michael Torrance (chef de la durabilité à BMO) et mettait en vedette Bertrand de Mazières (directeur général des finances à la Banque européenne d’investissement; BEI) et Joy Williams (directrice générale, Glasgow Financial Alliance for Net Zero; GFANZ).

Bien que les changements climatiques constituent une priorité pour les organisations et les gouvernements à l’échelle mondiale, les scientifiques estiment que nous ne sommes pas en voie d’éviter de nombreuses répercussions catastrophiques liées au réchauffement climatique ou d’y remédier. Certains effets se font déjà ressentir, mais il est encore possible d’atténuer les pires conséquences des changements climatiques en prenant des mesures radicales, déclare M. Torrance pour amorcer la table ronde d’une heure.

« L’atteinte de la carboneutralité d’ici 2050 – une aspiration, un objectif, une nécessité – définit l’ampleur de ce défi », affirme M. Torrance. « Il s’agit de la transition économique la plus importante de l’histoire – de la révolution industrielle à l’électrification de l’économie. »

Transition soutenue par les politiques

La technologie et l’innovation ont soutenu les plus importantes transitions économiques, ce qui signifie que des incitatifs financiers étaient offerts aux sociétés, et des politiques étaient ensuite mises en place. De nouvelles technologies ont fait leur apparition, permettant de trouver des façons rentables de résoudre les problèmes et d’accroître l’efficacité (industrialisation, électrification et, plus récemment, les technologies pour l’ère de l’information).

La transition vers la carboneutralité est soutenue par les politiques, ce qui signifie que les sociétés, organisations et gouvernements ne jouissent pas des mêmes incitatifs inhérents.

« Les objectifs en matière de politiques ont toutefois été acceptés », a indiqué M. Torrance. « Les risques sont reconnus par les organismes de réglementation du secteur financier. Les risques physiques et liés à la transition deviennent partie intégrante de l’évaluation des risques associés aux systèmes financiers et nous trouvons de nouvelles façons très innovantes d’aborder cet enjeu. »

Mobiliser des capitaux pour influencer le changement

Bertrand de Mazières (directeur général des finances, BEI) estime que la mobilisation permet d’influencer le changement, notamment en investissant à long terme dans les énergies propres et renouvelables. Par exemple, la BEI finance la principale usine de production d’hydrogène à l’échelle mondiale (située en Espagne).

Il indique que la BEI (agissant à titre de prêteur de l’Union européenne) a été désignée « la banque du climat » de l’UE, afin d’atteindre deux objectifs en matière de politique horizontale : influencer la durabilité environnementale pour faire face aux changements climatiques et assurer la cohésion sociale de ses activités.

La BEI prend des mesures qualitatives et quantitatives pour changer la donne, notamment en établissant un plan pour contribuer à un investissement de 1 billion de dollars d’euros dans des initiatives en matière de changements climatiques et de durabilité environnementale au cours de cette décennie. La BEI cherche également à influencer les comportements en prenant des décisions et en adoptant des politiques, notamment en excluant de son portefeuille les sociétés de production d’énergie au gaz.

« Le gaz ne peut constituer une solution à long terme pour assurer la durabilité environnementale », a souligné M. De Mazières lors du congrès. Même si ce type d’énergie peut continuer de faire partie de la transition vers les énergies renouvelables, la BEI ne finance plus de tels projets, et met plutôt l’accent sur les énergies renouvelables au sein de l’UE et à l’échelle mondiale.

Dans la course vers la carboneutralité, on parle beaucoup d’une « transition équitable » permettant de minimiser les potentielles répercussions sociales négatives, notamment en misant sur la rééducation de la main-d’œuvre, de nouvelles perspectives économiques et la réflexion sur l’impact à l’échelle locale.

Il s’agit d’un thème important tant pour la GFANZ, la BEI ou les institutions comme BMO, y compris la dissipation du mythe qu’une transition équitable constitue un argument contre le changement.

« Pour la BEI, une transition équitable se traduit par des investissements effectués en priorité dans certaines régions… les plus vulnérables », explique M. De Mazières.

Il indique que pour la BEI, une transition équitable peut se traduire par des investissements plus importants dans les infrastructures publiques (rendre les réseaux de transport plus sécuritaires et améliorer les infrastructures scolaires et sanitaires) dans les régions les plus touchées par la transition, ou encore par la création d’emplois. Par exemple, la BEI finance des projets visant à moderniser les infrastructures municipales et à améliorer l’efficacité énergétique des logements sociaux (de la République tchèque à la Slovénie, et même à l’extérieur de l’UE : en Europe, en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie). À cette fin, la BEI a également mis en place (en collaboration avec la Commission européenne) des programmes d’assistance technique offrant un soutien aux autorités locales dans le cadre de l’élaboration de politiques relatives à la durabilité des logements sociaux et des infrastructures.

Rôle des marchés financiers

Selon les participants à la table ronde, le principal défi à surmonter pour atteindre la carboneutralité est lié au rôle du marché financier dans le cadre du financement d’une transition dont le coût annuel s’élèvera à environ 10 billions de dollars au cours des prochaines décennies; une transition d’une ampleur sans précédent.

« Le montant des capitaux nécessaires pour atteindre cet objectif est extrêmement élevé », affirme M. Torrance. Pour mobiliser ces capitaux – soit quelque 150 billions de dollars d’ici 2050 –, il faudra créer des incitatifs efficaces pour modifier les comportements et faire les placements nécessaires pour surmonter ce défi.

C’est là que GFANZ – une organisation-cadre regroupant sept différentes alliances « zéro émission nette » dans le secteur du financement privé – entre en jeu. Lancée l’an dernier (en avril 2021), en partenariat avec la campagne de l’ONU « Objectif zéro », la GFANZ a été créée pour favoriser la collaboration à l’échelle du secteur financier en vue d’affronter certains défis. Cette alliance joue déjà un rôle important dans la décarbonisation.

Selon Joy Williams (directrice générale, GFANZ), cette alliance offre une perspective sectorielle globale des exigences liées à la carboneutralité ainsi que des outils et cadres en place. Cet objectif comprend la formulation de recommandations applicables à l’ensemble du secteur financier pour aider les sociétés à mieux comprendre ce en quoi consiste un plan de transition vers la carboneutralité. Les recommandations et les lignes directrices feront l’objet d’un appel à commentaires en juin, en vue d’être officiellement publiées lors de la prochaine Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 27) en Égypte.

Mme Williams indique que les institutions financières doivent adopter une perspective économique globale plutôt que de mettre l’accent uniquement sur les émissions liées à leur portefeuille.

« L’objectif est de réduire les émissions dans l’économie, et pas seulement d’avoir un portefeuille à empreinte carbone neutre », explique Mme Williams. Elle ajoute que ce changement d’approche agira comme catalyseur du changement au sein du secteur du financement privé.

Des institutions financières (et le monde entier) passent à l’action. Des pas de géant ont été franchis au cours des dernières années, donnant des raisons d’être optimistes à des gens comme Mme Williams, engagée dans la lutte contre les changements climatiques depuis plusieurs décennies.

« En plus de vingt ans, je n’ai jamais vu un tel dynamisme qu’au cours de la pandémie de COVID-19 des deux dernières années », a souligné Mme Williams. « L’an dernier, à la COP 26, le secteur financier a pris position en faveur de la carboneutralité. Il s’agit du pourquoi. »

Elle souligne qu’à la COP27, l’accent sera mis sur le « comment » et sur l’exécution des engagements pris à Glasgow en novembre dernier.

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Michael Torrance Premier directeur de la durabilité

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