Le Canada et les États-Unis pourraient encore reprendre les discussions commerciales qu’ils avaient entamées afin de rétablir la confiance mutuelle et ouvrir ainsi la voie à des négociations plus larges avec le Mexique. C’est la principale conclusion à laquelle est parvenue une table ronde consacrée au commerce international, qui s’est tenue lors de la 20eédition annuelle du Toronto Global Forum, organisé par le Forum économique international des Amériques (IEFA). Au cours de la table ronde intitulée « The Future of North American Trade Relations (« L’avenir des relations commerciales nord-américaines »), Nadim Hirji, vice-président de BMO Entreprises pour l’Amérique du Nord, s’est entretenu avec Kelly Ann Shaw, associée au sein du cabinet d’avocats Akin et ancienne conseillère en matière de commerce du président américain Donald Trump.
Voici les faits saillants.
Un différend commercial aux répercussions plus larges
Du point de vue de Washington, les tensions entre les États-Unis et le Canada sont bien loin d’atteindre les niveaux d’intensité constatés lors de la confrontation de l’année dernière avec la Chine, a déclaré Kelly Ann Shaw. Bien que les droits de douane aient principalement ciblé certains secteurs spécifiques, Mme Shaw a précisé que majeure partie des échanges bilatéraux avaient été épargnés. Selon ses estimations, environ 80 % des marchandises qui traversent la frontière sont désormais en franchise de droits de douane, contre 85 % avant la dernière série de droits de douane.
Bien que les deux pays subissent des pressions dans les secteurs les plus touchés, elle s’est montrée optimiste.
Une étape à la fois
L’ensemble de mesures dont le Canada et les États-Unis ont discuté en août pourraient encore permettre aux deux parties de revenir à la table des négociations, a déclaré Mme Shaw, tandis que les pourparlers pourraient reprendre plus tard cette année ou au début de l’année prochaine. Selon elle, Washington considère toujours cette proposition comme la meilleure base pour parvenir à une entente.
Mme Shaw a décrit un ensemble de mesures potentielles dans le cadre desquelles le Canada supprimerait les droits de douane qu’il avait imposés en représailles sur les automobiles et l’alcool et répondrait aux préoccupations des États-Unis concernant l’accès au marché des produits laitiers en vertu de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), en contrepartie d’une réduction des droits de douane sectoriels américains. Cette mesure d’allègement permettrait de soulager la pression qui pèse sur les entreprises touchées, même si elle a précisé que ces droits de douane ne seraient pas totalement supprimés.
M. Hirji a demandé si les progrès réalisés dans certains secteurs pourraient ouvrir la voie à une entente globale. Mme Shaw a répondu que les pourparlers d’août avaient porté sur un ensemble de mesures limitées et temporaires, concernant principalement l’acier, l’aluminium et le secteur de l’automobile, ainsi que sur le bois d’œuvre, qui constitue également une priorité pour le Canada.
Une entente sur cet ensemble de mesures ouvrirait alors la voie à des négociations plus larges dans le cadre de l’ACEUM, que le Mexique pourrait rejoindre aux côtés du Canada et des États-Unis. « C’est vraiment cet ensemble restreint et ciblé de concessions mutuelles qui amène les parties à la table des négociations et qui instaure un climat de confiance », a-t-elle déclaré.
Mme Shaw a indiqué que les trois pays devraient établir ensemble les règles d’origine dès que des pourparlers plus larges auront été entamés. Les règles d’origine permettent de déterminer si un produit est considéré comme originaire d’Amérique du Nord et s’il peut donc bénéficier d’un traitement préférentiel en vertu de l’ACEUM.
Mme Shaw a déclaré que le Canada et le Mexique pourraient négocier des ententes bilatérales distinctes avec les États-Unis, une pratique qu’elle a qualifiée de courante dans le cadre d’un accord commercial multipartite. Selon Mme Shaw, si l’entente provisoire est conclue d’ici le début de 2027, des négociations plus larges pourraient être engagées 12 à 18 mois plus tard.
Vers une Amérique du Nord plus forte
M. Hirji a reconnu que les négociations exigeaient des concessions. Toutefois, il s’est demandé si les intérêts communs ne pourraient pas jouer un rôle plus important dans les pourparlers. Il a déclaré que les dirigeants d’entreprises des deux pays entrevoyaient des possibilités de renforcer la compétitivité de l’Amérique du Nord grâce à une coopération dans les secteurs des minéraux critiques, de la défense et de l’agriculture.
Mme Shaw a reconnu que cela était envisageable, tout en précisant que la priorité de Washington était de renforcer la coordination avec le Canada et le Mexique en matière de droits de douane et de risques liés à la chaîne d’approvisionnement chinoise.
M. Hirji a conclu en demandant quelle était la décision qu’un chef de la direction d’une entreprise canadienne de taille moyenne ne devait pas remettre à plus tard, malgré l’incertitude économique actuelle. Selon Mme Shaw, les chefs d’entreprise doivent continuer d’investir partout sur le continent, tout en prenant soin d’évaluer leur exposition à l’étranger aux chaînes d’approvisionnement stratégiquement sensibles.
Mme Shaw reste optimiste : « L’avenir, l’avenir économique de l’Amérique du Nord, s’annonce prometteur », a-t-elle déclaré.